Pourquoi ce blog ?

Guernica. Picasso

L’idée d’ouvrir un espace pour partager mes réflexions, mes analyses sur les évolutions de la société, la cuture, la politique qu’elle soit nationale ou internationale date de plusieurs années.

En janvier 2011, j’ai ouvert un compte twittter, pris au jeu à cet époque de condenser en 140 caractères sa pensée, ses indignations et ses coups de cœur.

Philippe Roth dit qu’écrire c’est se mettre à nu, sans tours de passe-passe et sans aucun de ces masques qui donnent toute la liberté de protester, de manifester, d’invectiver. Je me suis longtemps cantonné à cette posture, avant de commencer à écrire après mes années universitaires. J’ai souvent entendu ce reproche, « tu devrais écrire au lieu de te cantonner dans cet activisme politique débridé », qui m’a happé dès le lycée. 

Qui parle ?

Je suis un enfant de la Médina, précisément de la rue 33 angle 22, à une rue de « angle mayonès » dans un des « pincs », (lire pinthes) de Dakar « Santhiaba »

J’ai fait mon école primaire à l’école Faidherbe au Plateau.  Ma mère avait, en effet décidé que cette année-là, il fallait que j’aille à l’école – j’avais 6 ans, alors que 7 ans était l’âge requis et surtout mon frère aîné avait cogné le maître de l’école coranique, lequel avait un peu trop tendance à user de sa lanière de cuir. Et, de fait, les enfants de Abou Maty FALL (mon père) ont été exclus de l’école coranique à cause de lui. Aussi ma mère nous a-t-elle tous inscrits à l’école arabe située juste à côté à la rue 24, tenue par un oustaz malien, Serigne Cissé, où mon frère se fera aussi remarquer. Mais cela n’ira pas jusqu’à l’exclusion.

Il n’y avait plus de place dans les groupes scolaires de l’école Médine. Alors elle est allée voir un ami de la famille, qui habitait plus bas dans la même rue 33, face à la borne fontaine. Un instituteur « vieille école », M. Daour Faye avec blouse grise, les stylos rouge, bleu et vert dans la poche de devant côté gauche sur la poitrine. Il enseignait à l’école Faidherbe.

Nous avons été inscrits mon frère et moi dès la rentrée des classes. Le directeur de l’école à cette époque était M. Alioune Badara Mbengue.

 J’étais un bon élève, et même, parfois, un très bon élève. J’ai serré la main du président Léopold Senghor chaque année de mon cycle primaire, puisqu’il recevait les meilleurs élèves à la Résidence de la Médina (résidence jusqu’en 1962 du vice-président du conseil Mamadou Dia) devenue la maison de la culture Douta Seck, avec des cadeaux.

 Je suis allé au lycée Blaise Diagne que à l’entrée en 6e, en 1969, à l’annexe située à côté de l’intendance des armées sur l’avenue Lamine Guèye, derrière la gare.

Ma mère l’appelait quartier « Missions ». Je n’ai jamais su pourquoi ce nom. C’est devenu l’actuel Grand Théâtre Doudou Ndiaye Rose.

La famille avait, entre-temps, déménagé à la rue 43 angle 32, un autre pinc de la médina « Gouye Salam ». J’allais à l’école en passant par angle « gombeu », puis empruntant les allées centenaires et Papa Gueye Fall, puis je bifurquais vers « Kayefindew » pour revenir vers « Yakhdieuf ». Au retour pour rentrer, je coupais à travers « champs de courses » pour prendre les allées centenaires.

Le lycée Blaise Diagne à Fass fut le lieu de tous mes apprentissages. J’étais inscrit en classe de latin. J’ai basculé dans le BLACK POWER à 14 ans (1970) avec beaucoup d’autres camarades. Les héros c’étaient les leaders nationalistes africains, Malcom X, les blacks panthers et le Che.

Le béret noir, qui laissait passer les cheveux longs crépus qu’on laissait pousser, le treillis militaire avec le poing noir brandi dessiné au dos constituaient le nouveau dress code.

En 1971, débutaient les premières d’une très longue série de grèves dans les lycées et collèges de Dakar pour contester le régime du président Senghor qu’on sentait alors, à bout de souffle.

Je changeais de lycée en 1973 pour m’inscrire en série B en seconde au lycée technique Maurice Delafosse. Je quittais les humanités classiques comme disait ma prof de latin et elle ajoutait « quel gâchis quand même ! ».  Moi je me réjouissais de la joie de découvrir bientôt l’économie et Karl Marx. J’ai vite déchanté parce qu’on nous parlait des cycles de Kondratieff, loi de Pareto et de la théorie de l’entrepreneur de Joseph Shumpeter.

 Je commençais cependant mon initiation politique. Et j’avais pris ma voie. Avec les premiers camarades de cette époque, nous découvrions Victor Serge, surtout son livre si précieux « Ce que tout révolutionnaire doit savoir de la répression » des Editions F. Maspero. Et nous nous jetions avec ardeur sur tout document qui parlait de révolution.

Vous n’imaginez pas le désespoir de ma mère, qui avait délégué mon « redressement » à mon frère aîné, qui se moquait que je le traite de fasciste, de suppôt de l’impérialisme français et même américain.  A cette époque « French go home et US go home » ornaient les murs de la chambre partagée avec mon « frère presque jumeau ». Mon frère aîné me mit le marché en main : « si tu me promets que tu auras ton bac, je te laisse t’inscrire où tu veux à la fac et peut être même tu pourrais aller à l’étranger ». Marché conclu je passe mon bac B en juillet 1976.

Je m’inscrivais à l’université de Dakar en sciences économiques. C’est durant ce cycle universitaire que nous avons ressuscité le syndicalisme étudiant sur le campus, avec la création d’abord des Amicales des Facultés et ensuite de l’Union Nationale Patriotique des Etudiants Sénégalais. Nous avions conclu un compromis avec nos camarades maoïstes sur le patriotisme alors que nous nous revendiquions internationalistes. Ils étaient d’ailleurs toujours surpris, qu’on leur parle du Chili d’Allende et l’unité populaire, du Salvador avec le Front Farabundo Marti de Libération Nationale, de la Révolution Iranienne qu’il convenait de considérer, au début tout au moins, comme une vraie révolution prolétarienne, des grèves des dockers de Gdansk en Pologne préfigurant la fin des régimes staliniens. C’était pour nous des manifestations de la Révolution Mondiale à l’œuvre. La vielle taupe quoi ! Comme disait Marx.

Après la licence de philosophie, je quittais la fac de Dakar pour poursuive mes études en philosophie à Paris IV Sorbonne et ensuite à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales pour des études en anthropologie.

Je suis allé aussi en France, parce que je ne pouvais plus supporter de vivre loin de celle auprès de qui j’allais vivre ensuite 25 années de bonheur infini. Elle était partie en 1979 continuer ses études à Liège, en Belgique. Elle m’avait fait chavirer lors d’une AG de l’amicale de droit sciences éco, dans le grand amphithéâtre de droit. Elle représentait à l’époque les étudiants de 1ère année de droit.  Elle était belle, cultivée et engagée comme moi. Nous avions 21 ans.

Je suis arrivé en France en novembre 1981, donc sous de bons augures. J’avais raté le 10 mai.

Je crois n’avoir jamais connu un bonheur intellectuel aussi intense que durant ces années-là. Imaginez ! Passer d’un séminaire de recherche de Bourdieu, à un autre de Balandier sur les formations sociales dans les nouvelles « Brazzaville Noires », un autre d’Emmanuel Terray sur l’économie du royaume Abron (actuel Côte d’Ivoire) ou Gérard Althabe d’anthropologie politique des Gouros, des Akan et des Bétés de Côte d’Ivoire ou sur l’Etat en Afrique  furent simplement de purs moments d’extase dans l’intelligence, la finesse des analyses, l’absolue rigueur dans l’échange intellectuel.

Je m’immergeais aussi dans les petits groupes de travail, où les étudiants de retour du terrain présentaient leurs travaux de recherche. Le Centre d’Etudes Africaines au 4ème étage du 54 boulevard Raspail était mon second domicile.

J’étais capable de passer des journées à « l’Ecole » (comme on disait à l’époque) et les soirées se terminaient fort tard à la maison avec un verre de ataya (thé à la menthe), un bouquin et les débats intellectuels qui les prolongeaient.

D’où je parle ?

A Dakar, avec quelques camarades, nous avions fondé la ligue communiste des travailleurs affiliée au comité d’organisation pour la reconstruction de la quatrième internationale. Tout naturellement en France, je me replongeais dans cette atmosphère militante décrite par Daniel Ben Saïd comme une lente impatience.

A Paris, nous étions obsédés par la révolution mondiale qui arrivait et en tant qu’avant-garde, nous devions être prêt. C’était à chaque moment « la tâche de l’heure ». Bensaïd parle de léninisme pressé à ce propos.

Manifestations, appels aux meetings à la Mutualité, signatures de pétitions en soutien aux camarades emprisonnés en Amérique latine, dénonciations de la répression stalinienne contre les dissidents dans les pays de l’Est de l’Europe, distribution de tracts dans les facs parisiennes appelant à la lutte contre la politique des gouvernements socialistes, réunions de cellule et de la commission Afrique, rythmaient nos journées et soirées. Sans compter le militantisme syndical étudiant au sein de l’Unef indépendante et démocratique, puisque nos camarades maoïstes avaient explosé l’association des étudiants sénégalais de France lors de ce fameux congrès de 1979 à Jussieu où ils avaient débarqué avec des barres de fer. 

Telle était notre vie à cette époque.

Benjamin Stora dans « la dernière génération d’octobre » retrace ce parcours qui nous est commun avec des milliers de militants de prise de distance très progressive vis-à-vis de l’organisation, avec l’insinuation du doute intellectuel à un certain moment dans les analyses et la redéfinition des priorités personnelles et familiales. Pour ce qui nous concernait mon épouse (qui était ma camarade aussi) et moi, ce fut la naissance en 1985, de notre fils aîné.

Nous étions des militants des deux rives, comme le disent si joliment mes camarades de combat du Maghreb. Pour nous, l’autre rive était au-delà de la méditerranée et du Sahara.

Un nouveau cycle politique s’ouvrait au Sénégal et notre organisation devait y contribuer. Le parti socialiste au Sénégal commençait cette lente agonie et allait devenir, selon le mot de Sartre dans une préface à Aden Arabie de Nizan, ce grand cadavre à la renverse qu’il est aujourd’hui.

Ce nouveau cycle voyait le surgissement d’une nouvelle génération politique, dont nous croisions à l’université de Dakar quelques figures marquantes (Ousmane Ngom, Serigne Diop…), mais dont l’engagement dans les luttes étudiantes n’avaient, pour le moins, rien de marquant.,

Il culmine avec l’avènement de la première alternance démocratique à la tête de l’Etat au Sénégal.  Ce cours nouveau de l’économie politique, résulte en grande partie de la très grave crise économique dans laquelle les différentes politiques d’ajustement structurel du FMI et de la Banque Mondiale ont plongé le pays.  

Ce cours nouveau, qui dure jusqu’à ce jour, avec une nouvelle élite politique est profondément marqué par une transformation des structures socioéconomiques de ce pays. Abdoulaye Wade, la figure jupitérienne de cette période a fragilisé l’Etat de droit et sa neutralité vis-à-vis des confréries religieuses, ouvert les vannes vers un accaparement débridé des maigres ressources publiques par ses groupes d’affidés. Bradage des réserves foncières au mépris de la loi sur le domaine national, corruption généralisée dans les entreprises publiques constituent les traits marquants de ce régime.

Avec un wadisme, sans Wade, Macky Sall, l’actuel président, perpétue et accentue ces phénomènes, sans avoir la légitimité historique de cette figure tutélaire.

A travers ce blog, mon ambition est de contribuer à défendre la République, à renouer le fil de l’histoire avec les valeurs des bâtisseurs de l’Etat nation du Sénégal, un Etat fort, séculier, un engagement altruiste pour la chose publique (Res publica) pour une république sociale et démocratique.

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