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Macky Sall, un sortant aux abois à la recherche d’une bouée de sauvetage

Un homme (et son clan) aux abois crie sa détresse et cherche secours pour une absolution de toutes ses fautes. Et il utilise les « autres », surtout les frustrés du parrainage, comme bouclier pour justifier « son dialogue ».

Un homme (et son clan) aux abois crie sa détresse et cherche secours pour une absolution de toutes ses fautes. Et il utilise les « autres », surtout les frustrés du parrainage, comme bouclier pour justifier « son dialogue ».

Un dialogue pour se sauver

Que n’a-t-il pas dialogué pendant 12 ans, ayant eu tout le temps et tous les pouvoirs pour ce faire ? Il a préféré réprimer, embastiller, mettre sous silence tout opposant (réduire à sa plus simple expression), sans autre forme de procès, sous les prétextes les plus fallacieux si ce n’est les plus loufoques : terroriste, salafiste, comploteur contre l’Etat, association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste …

Craignant les retours de flamme après son départ du pouvoir, il a pensé s’auto-amnistier par une Loi en Conseil de Ministres, soumise au vote de l’Assemblée nationale … dans une période suspecte. Il a dû se raviser sachant que la ficelle était trop grosse.

Sa trouvaille : « le dialogue de 48 heures » pour que l’auto-amnistie passe à l’amnistie acceptée et « décidée » par consensus à l’issue des « 48H de Dakar ».

Tout acteur politique qui participerait à ce deal, frustré du parrainage ou inscrit sur la liste des candidats retenus par le Conseil constitutionnel, serait responsable de la plus grande forfaiture et d’une faute politique qui laissera une tache indélébile dans l’histoire de notre pays.

Aujourd’hui Il a besoin de vous pour dire au monde « ce n’est pas ma décision mais celle issue du dialogue national » (dialogue de fin de règne).

Macky SALL a fini son mandat. Il ne lui reste qu’une seule obligation qu’il tire de ses fonctions de président sortant : fixer par décret la date de l’élection comme il l’avait déjà fait en appelant le corps électoral le dimanche 25 février.  Il s’est ravisé tout seul avec des prétextes qu’il a lui-même jugés légers, en renouvelant sa confiance à celui qui est au centre des prétextes évoqués.

Que personne n’accepte pas de lui servir de faire valoir ou plutôt de « chair à canon ». La situation actuelle relève de sa seule et exclusive responsabilité et il n’a pas besoin de vous pour présider durant les derniers jours de son mandat.

Il a senti la terre se dérober sous ses pieds depuis sa décision honteuse décriée par tous les pays et partenaires du Sénégal et il craint de devenir un paria à travers le monde, persona non grata, risquant de ne plus être reçu par ses anciens homologues qui ont tous pris leur distance (il a parlé de campagne nauséabonde hier … c’est plutôt sa décision qui mérite ce qualificatif).

La suite, ce seront les campagnes de poursuites à travers le monde sur sa personne et ses proches pour les fortunes accumulées en 12 ans ou plus (car il y en a eu avant 2012) … c’est de ça qu’il a peur : vivre un cauchemar à partir du 3 Avril et la hantise jusqu’à la fin de ses jours alors qu’il voudrait plutôt jouir de ses biens accumulés sur le dos des Sénégalais.

Macky a peur et si Karim WADE souhaite se coaliser avec lui, libre à lui et ses suiveurs de se rendre aux 48H de Dakar et qu’ils assument tous les deux, les lamentables décisions qui s’y prendront.

Qu’ils prennent la responsabilité de rejeter eux-mêmes les décisions du Conseil Constitutionnel dont Macky SALL a lui-même rappelé qu’ils ne sont pas susceptibles de recours, lors de sa rencontre avec des candidats non retenus sur la liste arrêtée par le Conseil.

La décision du conseil constitutionnel une fierté

Le Sénégal a recouvré sa belle image d’un pays organisé et digne de sa réputation grâce aux décisions du Conseil Constitutionnel : notre nation dispose d’assez d’anticorps pour résister à ces attaques d’un sortant désespéré ou d’un apprenti sorcier qui a fait un parjure avéré.

Peu importe si Karim WADE a perdu sa nationalité française et en a apporté la preuve le 16 Javier 2024. Le fait est, qu’il a déclaré sur son « honneur » en 2019 puis en 2023 (deux fois de suite) qu’il était exclusivement sénégalais au moment de déposer sa candidature.

Il s’agit d’un parjure et le Conseil a justement fait le constat d’un faux dans sa déclaration sur « l’honneur ». Quel sens de l’honneur pour mentir deux fois de suite en 5 ans alors qu’on sollicite la confiance du peuple ?

Ces deux-là, ne valent pas que vous mettiez vos mains dans la fange et ternissiez à jamais votre image. Vous seriez définitivement classés parmi les renégats et traitres à leur nation. Vous n’en tireriez aucun avantage, ni profit.

Le Monde entier ouvre les yeux sur le régime de Macky Sall en ce moment et le classe parmi les apprentis dictateurs.

Nul ne peut se prévaloir de ses propres turpitudes : il avait le choix de laisser les Sénégalais voter le 25 février et choisir le Président pour les 5 années à venir.

En 2012, il s’est installé en s’engageant à lutter contre la corruption et l’enrichissement illicite (ce qui n’a strictement rien donné, encore moins influé sur 12 ans de mauvaises pratiques dans ces domaines) … aujourd’hui il veut s’en aller en ayant notre absolution.

De grâce ne tombons pas dans le piège. Laissons-le sortir tout petit et saluons la grandeur de notre très Beau Sénégal.

« Tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute ».  Pour ceux qui serez sensibles aux appels des sirènes du palais.

Vous serez bien inspirés de vous en tenir strictement à la décision du Conseil constitutionnel et de refuser les appels mal venus de personnes qui ne veulent pas votre bien ni celui du Sénégal mais seulement le leur. Le Conseil a retenu une liste de candidats ; et à la surprise de tous un candidat encore incarcéré. De grandes manœuvres sont engagées le visant pour lui tendre la main. Il faut refuser ces tentatives de manipulation de dernières minutes. Il ne devra son élargissement qu’au Peuple et non à ces comploteurs. Ce régime a eu 12 ans pour tendre la main et vous associer à la gestion du pays, ils ont préféré vous diaboliser.

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Au Sénégal, le pire n’est jamais sûr…

Le pire n’est jamais sûr…
Mais, on y va tout droit.
Le régime de Macky est-il si sourd et aveugle qu’il ne voit pas le niveau de détestation dont il est l’objet dans ce pays, en zone urbaine et rurale et dans toutes les couches sociales ? Une simple plongée dans le quotidien des citoyens lui aurait, pourtant, donné des indices sur le niveau de ras-le-bol observé, comme jamais dans l’histoire politique récente, à l’exception de la toute dernière période du président Wade.

Mais, on y va tout droit.

Le régime de Macky est-il si sourd et aveugle qu’il ne voit pas le niveau de détestation dont il est l’objet dans ce pays, en zone urbaine et rurale et dans toutes les couches sociales ? Une simple plongée dans le quotidien des citoyens lui aurait, pourtant, donné des indices sur le niveau de ras-le-bol observé, comme jamais dans l’histoire politique récente, à l’exception de la toute dernière période du président Wade. 

Le pouvoir est pris dans son propre piège.

Dans la stratégie du régime, pour légitimer politiquement et non en droit, le troisième mandat du président Macky SALL, la diabolisation de Ousmane Sonko était la pierre angulaire. Il était supposé être le plus mauvais candidat, celui qui trainait une réputation sulfureuse, des accointances avec les indépendantistes de Casamance, les salafistes et autres courants issus de la mouvance sénégalaise des frères musulmans des Ibadou Rahmane et des autres.

En somme, toutes tares qui devaient le disqualifier aux yeux des républicains et des citoyens attachés au contrat sénégalais (notre commun vouloir de vie commune) fait de modérations, de compromis social et de juste milieu.

Cette stratégie a ripé sur le contexte socio-économique du pays. La crise est profonde, nonobstant ce qu’en dit le régime. Pour qui sait lire entre les lignes et le langage, très diplomatique, des institutions de Bretton Woods, notre économie va droit dans le mur. Un niveau d’endettement public record à 75% du PIB qui tend à être insoutenable. Une baisse drastique des recettes fiscales par comparaison à la hausse continue de la dépense publique, surtout de la masse salariale de l’Etat (due plus aux recrutements clientélistes que pour accroître l’efficacité des ressources humaines de l’Etat).

Un niveau d’inflation de 9,7% jamais vu depuis des décennies (dixit le FMI). Les ménages sénégalais confrontés quotidiennement à la hausse des prix, aux marchés, dans les transports en commun, le savent mieux que ces experts. Ce n’est pas le millefeuille administratif inventé par le gouvernement pour baisser les loyers et la frousse que lui donne les transporteurs privés, qui vont aider à diminuer les prix de ce côté.

Mais le pire est à venir, avec la quasi-injonction du FMI pour que le gouvernement supprime les subventions sur l’électricité. La hausse de la facture de la Senelec devrait suivre bientôt. 

Et ce gouvernement gage, tous les jours, les revenus à venir du pétrole et du gaz. Et la presse aux ordres salue avec tambours et trompettes et au son des balafons, la levée presque mensuelle de fonds auprès des banques et des investisseurs afin d’assurer la trésorerie pour le fonctionnement de l’Etat.

Et pendant ce temps, les entreprises nationales courent derrière leurs factures pour être payées sur les maigres parts de marchés qu’elles arrivent à gagner. Puisque les entreprises chinoises, turques, marocaines et françaises raflent, désormais, tous les appels d’offres publics.

Ce qui reste est littéralement donné « aux amis du pouvoir » pour en enrichir quelques-uns. Voilà le tableau qui s’offre aux citoyens sénégalais. Vie chère, appauvrissement des familles, gabegies financières, corruption indécente de quelques-uns jusqu’au plus haut sommet du régime.

L’indécence de l’enrichissement accélérée du griot du président, du beau-frère, du figurant actuel au ministère du tourisme, heurte au plus profond, les masses de sénégalais qui n’en peuvent plus.

Et on voudrait leur vendre cette alternative ridicule du Moi (Macky) ou le Chaos (Sonko).  Les Sénégalais ont répondu, lors des dernières élections locales en donnant, une majorité de grandes villes et des communes des grandes zones urbaines à l’opposition (coalition Yewwi askan wi et Walu).  Et lors des législatives, en infligeant une retentissante raclée électorale à la majorité sortante de Macky Sall.

La politique du ventre selon Macky

En décembre 2012, dans un article prémonitoire paru le 04 décembre 2012 dans Sud Quotidien (à retrouver sur mon blog bfbac.com), « Un pas en avant, deux pas en arrière », je donnais mon sentiment, sur les premiers pas du régime de Macky SALL.

« Au poker, quand un joueur a la meilleure main qui soit et perd sa mise, on parle de BAD BEAT. Ce joueur est un « FISH », c’est à dire un joueur débutant, inexpérimenté qui commet des erreurs grossières et visibles. Après plus de 6 mois de fonctionnement, le gouvernement du Sénégal donne cette impression désagréable d’amateurisme, d’impréparation à la gestion de l’Etat, de pusillanimité, de pilotage à courte vue et quelque fois plus grave de reproduire ce que Wade a appris à beaucoup d’entre eux du temps de leur fameux compagnonnage.  En somme du Wade sans Wade. Et pourtant nous avons tellement attendu ce changement ! 12 ans d’un pouvoir qui a réduit à néant notre culture des règles de la bonne administration publique, de l’Etat de droit, réduite à néant au profit de coteries familiales et financières. »

Le temps m’aura donné raison au vu de la réalité de ce qu’il est devenu aujourd’hui.

Ce régime a ruiné l’Etat, fragilisé les institutions publiques, privilégiant les allégeances politiques à la compétence professionnelle et technique, dans le choix des directeurs d’administration et de sociétés nationales, explosé jusqu’à l’écœurement le nombre de ministres, de sous ministres et de conseillers estampillés ministres-conseillers. Il n’est que de voir, à la lecture du communiqué du conseils des ministres, sur la chaîne de télévision officielle, cette galerie de mines réjouies, installée devant la longue table du conseil des ministres et faussement studieuses. « Adieu veau, vache, cochon, couvée » se surprennent à reprendre cette expression de La Fontaine, certains anciens en songeant à ce qu’était un conseil des ministres du temps de L. Senghor et A Diouf. 

La litanie des scandales financiers n’en finit plus.

Sud Quotidien, dans un article récent en a fait une chronique de 2012 à ce jour : COUD, NDINGLER PETROTIM, BICTOGO, PRODAC TER, TF 1451/R…et last but not least, le Fonds Force Covid19, riche de mille milliards de FCFA sur lequel, beaucoup de ceux, que la politique des copains et des coquins a réuni, se sont bâfrés goulûment.

Puisqu’il n’y a plus de limites à l’indécence, les rapports d’audits des corps de contrôle on s’assoit dessus, la peur du gendarme a disparu, pourquoi se retenir désormais. Tous les jours, c’est à celui ou celle qui affichera le plus ostensiblement sa loyauté au chef, avec les mobilisations des populations, achetées à coup de millions de FCFA, parmi les directeurs de sociétés nationales.  

Le régime de Macky Sall a aussi, créé cette galerie de monstres, miroir exact de celle de la période de Wade, incultes, sans foi ni lois, voraces, qui ne connaît aucune limite.

Après Pape Samba Mboup, Farba Senghor, Clédor Sène et sa bande de sicaires, soutenus et financés par Samuel Sarr, nous avons aujourd’hui Farba Ngom, Mame Mbaye Niang, Mamadou Lamine Massaly et de multiples Dr de tout et de rien.

Quelle est la nature de ce régime ?

Assurément d’une aventure politique, d’une prise de risque qui a réussi.

D’un homme, victime des outrances, des brimades de son mentor, qui décide avec un petit groupe d’amis et de sa famille, de se venger. Qui découvre, chemin faisant, les circonstances aidant, notamment la fin du régime de Wade et l’exaspération des citoyens, une fenêtre d’opportunités. Et qui s’en saisit, en sollicitant des appuis et des soutiens.

Si on analyse ce moment politique, qui révèle le candidat Macky Sall, inexpérimenté, sans moyens à l’époque, ne disposant pas encore d’un appareil politique, on voit bien que c’est sa capacité politique et son audace à se saisir des circonstances (quasi-insurrection des citoyens devant la volonté de 3ème mandat de Wade et de son souhait d’installer son fils comme héritier) qui le propulse au-devant des acteurs politiques traditionnels. Sa jeunesse et les moyens qui affluent achèvent de l’installer sur le podium.

Son instinct, l’empathie que lui démontre les citoyens, face aux vexations dont il est l’objet de la part de Wade, sa résilience, l’installe en tête des candidats au 1er tour des présidentielles de 2012. Ce ne sont certainement pas son programme insipide (Yoonu Yokkuté), ses dons d’orateurs ou son « charisme ».

Au 1er tour Macky SALL a recueilli 26,58% des suffrages. C’est la dynamique politique après cette première estocade inattendue contre Wade, qui fait le reste, grâce à la discipline de vote des électeurs du parti socialiste (11,30%). Et le rassemblement de Benno Bokk Yaakar derrière sa candidature unique, crée ce formidable et surprenant maelström du 2ème tour, qui voit la victoire écrasante d’un quasi-inconnu de la scène politique nationale à 65,80% des voix exprimées.

Mais, comme tous les analystes politiques le savent, au 1er tour on choisit et au 2nd on se rassemble. C’est pourquoi Macky Sall et ses conseillers les plus avisés, le voient bien, le socle électoral du régime est très faible. Et il n’est pas arrivé jusqu’à présent à faire la bascule, même aux présidentielles de 2019 où il est élu au 1er tour avec 58% des voix.

Il n’est donc pas étonnant qu’il s’agrippe jusqu’à la dernière énergie au rassemblement avec Benno Bokk Yaakar qui lui assure une majorité électorale de fait. Mais cette quasi-rente, que le parti socialiste et les vieux caciques de l’ex-gauche communiste (PIT et PIT), assurés de continuer à bénéficier de certaines sinécures, arrive à sa fin comme un cycle politique dans le cadre d’une séquence ouverte depuis 2012.

La perte de la majorité aux législatives de 2022, clôt cette séquence qui devrait aboutir à la fin de Benno Bokk Yaakar et ouvrir un autre cycle nonobstant la querelle entretenue sur le 3ème mandat.

Au fond, quand on analyse ce régime et ses animateurs et au premier chef le Président, on se trouve face à une suite d’actes politiques, qui fait la part belle à une sorte d’éloge de l’empirisme (débrouillardises plus trivialement), qui explique l’aveuglement quand surviennent les passages difficiles. Ce régime n’a pas de récit national à offrir aux sénégalais, si ce n’est de mauvais emprunts, qu’on habille sous le nom de l’efficacité.

A preuve, chaque réalisation et chaque investissement s’inscrit dans un « hub ». Ce techno langage (en franglais pour mieux en accentuer les effets) souvent utilisé pour dissimuler les faiblesses et les lacunes des projets.

Derrière, il y a cette idée que l’utilisation des termes techniques, des acronymes et des jargons, peut créer l’illusion de la complexité et de l’expertise et empêcher une remise en question et des critiques. Sans oublier bien sûr les montants en dizaines ou centaines de milliards de CFA, que son Excellence fait ruisseler dans ce pays chaque jour que Dieu fait.

Et le mimétisme dans le discours entre autorités politiques, du Président aux ministres et sous ministres est symptomatique de l’indigence intellectuelle et doctrinale qui règne au sein de ce régime, sur la démocratie, la République, la séparation des pouvoirs, la laïcité de l’Etat, la vision de l’économie politique au Sénégal

Le projet de 3ème mandat de Macky SALL est une menace pour la République et la démocratie.

Il faudrait être sourd et aveugle, pour ne pas voir que dès les résultats des présidentielles proclamés, un dispositif a été pensé, pour mettre sur les rampes une 3ème candidature présidentielle de Macky.

Les images, presque quotidiennes de l’activisme du cercle familial proche du Président, et du clan des « katangais » qui l’entoure, court-circuitant les instances de la coalition et de l’APR aphone, la montée au front régulier du ministre de la justice défendant cette hérésie juridique du droit au 3ème mandat, tout cela ne laisse aucun doute sur la volonté d’une candidature.

C’est dire combien l’aventurisme politique constitue un danger pour la démocratie.

Ce qui est vrai du « macronisme » en France, du « trumpisme » aux USA, l’est pour le régime de Macky Sall.

De tout temps, l’aventurisme en politique s’est toujours caractérisé par l’émergence d’un leader, en opposition radicale au système en place pour se positionner en alternative. Quand on écoute les discours de Macky Sall en 2011, contre A. Wade, les appels à l’insurrection, à l’intervention de l’armée ou à aller au Palais déloger le vieux Président, on se pince, eu égard aux cris d’orfraie que la presse pro-Macky pousse devant les discours actuels de Yewwi et de O Sonko.

Pour gagner en 2012, Macky Sall avait su opposer des solutions simplistes à la complexité des réponses de Wade, pour susciter l’adhésion du plus grand nombre de sénégalais.

Il a su attiser la colère des jeunes, surtout devant la gabegie de la gestion Wade, son clientélisme, sa gestion clanique et surtout la corruption généralisée du régime. Il s’est présenté comme le seul susceptible de changer le système, de représenter les exclus et les marginalisés.

Aujourd’hui ces ressorts sont cassés, à l’épreuve de sa propre gestion depuis 12 ans.

Et tout se passe, comme si, la lecture des dynamiques politiques actuelles avec Ousmane Sonko comme figure emblématique lui renvoyait à la fois l’échec de sa gestion et les conditions réunies de sa défaite en 2024.

Ce qui explique ses dérives autoritaires, la judiciarisation du champ politique, les rafles policières des opposants, l’instrumentalisation de l’administration territoriale et de la Justice.

L’aventurisme politique qui caractérise ce régime a des conséquences très graves pour la stabilité de nos institutions, l’avenir de la démocratie et de la République.

Dans un discours enflammé en février 2023 à Pikine, sans doute grisé par la foule et la chaleur, le falot premier ministre qu’il « a donné » au pays après la bérézina des législatives, a dit que Macky Sall sera candidat en 2024 et peut être en 2029.

« Nous n’avons pas de plan B ni de plan C. Macky Sall est notre seul plan. Que ça soit 2024 ou 2029, c’est du pareil au même. C’est à conjuguer au passé. Il peut compter sur nous. Nous nous attellerons à faire tout ce qu’il souhaite. Et c’est ce message qu’attend de nous le Président Macky Sall »

L’argument est toujours le même, pour les thuriféraires du pouvoir, le Président doit finir ses chantiers.

Et comme des chantiers s’ouvriront aussi, durant un autre mandat de 5 ans en 2024, il n’y a plus de limite juridique, ni morale, à une présidence à vie.

Puisqu’il peut se présenter autant qu’il le souhaite aux suffrages des citoyens. D’ailleurs on se demande bien pourquoi ennuyer les sénégalais avec ces appels aux suffrages ?

Peut-être pourrait-on décréter Macky Sall, Président Eternel, Grand dirigeant, Soleil de la Nation ?

L’aventurisme politique s’affranchit des règles et des valeurs de la démocratie, comme le respect des libertés publiques, de manifestations, d’expression des minorités. Les seules règles admises sont celles qui lui permettent le maintien au pouvoir. Les institutions n’ont de légitimité que celle que leur confère la loyauté à la parole et aux désirs du Grand timonier.

Le régime actuel engendre un clivage puissant au sein de la société entre les citoyens et tente de recréer les violences et les crises irrédentistes en Casamance, puisqu’à chaque fois doit se jouer cette posture du Moi ou le Chaos.

L’aventurisme politique de Macky Sall entamé en 2012, menace profondément la stabilité politique de notre pays.

En 2024, les républicains et tous ceux attachés à une certaine idée de cette Nation, à ses valeurs de tolérance, de respect de l’autre, de refus de l’homme providentiel. Ceux qui pensent que la démocratie est le pire des régimes à l’exception de tous les autres (Churchill) doivent lui infliger une défaite mémorable qui découragera tous les apprentis sorciers et autres illuminés, qui veulent se servir de la démocratie, sans être convaincus de ses vertus.

Le Sénégal à l’heure du “Mani Pulite” (mains propres)

Le Sénégal traverse un moment politique inédit où la question de la reddition des comptes devient centrale dans la vie démocratique. Entre les rapports de la Cour des comptes, les enquêtes de la CENTIF, le débat sur les fonds politiques de la présidence, le limogeage d’Ousmane Sonko et sa probable arrivée à la tête de l’Assemblée nationale, une recomposition profonde du pouvoir est en cours.

Cet article propose une lecture à la fois politique, institutionnelle et anthropologique de cette séquence. Il défend l’idée que le Sénégal n’est pas dans une crise de régime, mais dans une phase de complexification démocratique où émergent de nouvelles tensions entre culture du masla, exigence de transparence, contrôle parlementaire et responsabilité publique.

À travers les références à Hannah Arendt, Raymond Aron et au roman Satori, cette réflexion interroge une question essentielle : le Sénégal est-il en train de construire un État où ceux qui gouvernent devront enfin rendre compte ?

Reddition des comptes, recomposition du pouvoir et avenir de la démocratie sénégalaise

« Mani pulite » ou « mains propres », fut une vaste campagne anticorruption en Italie dans les années 1990. Elle a conduit à des milliers de condamnations touchant notamment des politiciens, entrepreneurs et fonctionnaires. Cette opération a révélé l’ampleur de la corruption systémique, entraînant la chute de plusieurs partis politiques et redéfinissant la gouvernance italienne. Cette opération a refondé la République et la démocratie italienne.

L’actualité politique sénégalaise vient brutalement d’entrer dans une nouvelle phase.
Le président Bassirou Diomaye Faye a mis fin aux fonctions du Premier ministre Ousmane Sonko et dissous le gouvernement, après plusieurs mois de tensions devenues publiques entre les deux hommes.

Quelques heures auparavant, devant l’Assemblée nationale, Ousmane Sonko avait lui-même reconnu l’existence d’un désaccord avec le chef de l’État sur la question du contrôle des fonds politiques de la présidence de la République.

Et voici qu’un nouvel épisode vient encore accélérer la recomposition en cours : la démission du président de l’Assemblée nationale, Malick Ndiaye, ouvrant la voie à l’élection plus que probable d’Ousmane Sonko à la tête du Parlement.

Le déplacement probable d’Ousmane Sonko vers la présidence de l’Assemblée nationale ajoute une dimension nouvelle à cette séquence politique.

Nous entrerions dans une configuration institutionnelle beaucoup plus complexe, où le leader politique disposant de la plus forte légitimité militante et populaire pourrait désormais contrôler le levier parlementaire.

Cette hypothèse modifierait profondément les équilibres du pouvoir au Sénégal.

Elle pourrait produire des tensions nouvelles. Mais elle pourrait aussi renforcer paradoxalement la centralité du Parlement dans la vie démocratique sénégalaise.

Il faut cependant éviter ici une erreur d’analyse fréquente dans les périodes de transition politique : confondre complexification du jeu des acteurs et crise de régime.

Nous ne sommes pas dans une rupture de l’ordre constitutionnel.

Les institutions fonctionnent. Le président exerce ses prérogatives. L’Assemblée nationale continue d’exister comme espace politique autonome. Les corps de contrôle poursuivent leur travail. La justice demeure saisie des dossiers en cours. L’espace public reste ouvert.

C’est précisément parce que les institutions tiennent que les contradictions internes du pouvoir peuvent désormais apparaître publiquement.

En terminant récemment Satori (Don Winslow publié en 2011 en poche), je ne pouvais m’empêcher de penser à cette idée essentielle qui traverse le roman : dans les périodes de transition, aucun acteur n’agit jamais dans un espace simple. Chaque décision produit des effets secondaires imprévus. Les alliances deviennent provisoires et mouvantes. Les institutions visibles cachent souvent des rapports de force plus profonds. Et surtout, le pouvoir réel circule parfois ailleurs que dans les structures officiellement établies.

Le Sénégal semble précisément entrer dans cette phase de complexification démocratique.

Derrière les affrontements publics se dessine un jeu beaucoup plus subtil de légitimités croisées, de fidélités mouvantes et de repositionnements stratégiques au sein même de l’État.

Les anciens réseaux de pouvoir cherchent à survivre ou à se reconfigurer. Les appareils administratifs tentent de retrouver leur point d’équilibre. Les corps de contrôle acquièrent une centralité nouvelle. Le Parlement pourrait redevenir un acteur réel. Et la relation entre légitimité présidentielle, légitimité populaire et légitimité institutionnelle devient désormais plus complexe qu’auparavant.

Cette situation ne signifie donc pas nécessairement une crise institutionnelle. Elle peut au contraire traduire l’entrée progressive du Sénégal dans une démocratie plus conflictuelle, plus pluraliste et plus adulte, où les désaccords cessent d’être masqués au profit d’une unanimité de façade.

Mais notre culture politique et sociale reste profondément traversée par cette valeur sénégalaise du masla, cet art subtil de contourner les contradictions, d’éviter les affrontements frontaux et de préserver les équilibres relationnels même dans les situations de tension.

Il constitue historiquement un mode de régulation sociale profondément enraciné dans les sociétés sénégambiennes. Il permet d’éviter l’humiliation publique, de préserver le lien communautaire, de limiter l’escalade des conflits et de maintenir une certaine stabilité collective.

Cette culture de la médiation et de l’arrangement a probablement contribué à la singularité sénégalaise, mais la séquence actuelle révèle aussi les limites de cette logique lorsqu’elle rencontre les exigences modernes de la reddition des comptes démocratique.

Car une démocratie contemporaine ne peut pas fonctionner uniquement sur l’évitement des contradictions. À un certain moment, les institutions doivent trancher. La justice doit enquêter. Les responsabilités doivent être établies. Les rapports des corps de contrôle doivent produire des conséquences.

Toute la difficulté du moment sénégalais est peut-être là : comment préserver cette culture nationale de l’apaisement sans transformer le masla en mécanisme permanent de neutralisation des responsabilités publiques ?

C’est probablement l’une des contradictions les plus profondes de notre transition démocratique actuelle.

Car nous assistons probablement à autre chose : l’entrée du Sénégal dans une phase nouvelle de différenciation du pouvoir, de conflictualisation démocratique et de redistribution institutionnelle des légitimités.

Depuis l’Indépendance, les alternances politiques sénégalaises ont souvent produit des déplacements de clientèles, des recompositions d’alliances et des changements de leadership. Elles ont plus rarement modifié en profondeur le rapport entre l’État, les ressources publiques et les mécanismes de contrôle.

Les alternances de 2000 puis de 2012 avaient déjà suscité d’immenses espoirs de moralisation de la vie publique. Abdoulaye Wade puis Macky Sall avaient promis gouvernance vertueuse, transparence et rupture avec les pratiques antérieures.

Mais progressivement s’est installé dans l’opinion un sentiment dangereux : celui d’une continuité des mécanismes de captation de l’État malgré les changements de régime.

C’est cela qui explique aujourd’hui la profondeur de l’attente populaire autour de la reddition des comptes.

Car le véritable danger pour une démocratie n’est pas seulement la corruption. Le véritable danger est sa banalisation.

Une République peut survivre à des scandales. Elle survit beaucoup plus difficilement lorsque les citoyens commencent à penser que tous les régimes finissent par se ressembler, que les rapports des corps de contrôle ne produisent jamais de conséquences, que l’État fonctionne comme un système de protection des puissants et que voter ne change finalement pas grand-chose.

C’est ici que se situe l’enjeu historique du moment actuel.

Le tandem Diomaye–Sonko était arrivé au pouvoir porté par une promesse de rupture morale, politique et institutionnelle. Une grande partie de la jeunesse sénégalaise, mais aussi des couches populaires et des classes moyennes, n’ont pas seulement voté pour une alternance ; elles ont voté pour l’idée qu’un autre rapport à l’État était possible.

Depuis plusieurs mois déjà, le Sénégal vivait une séquence institutionnelle inédite. Rapports de la Cour des comptes, dossiers de la CENTIF, enquêtes de l’Inspection générale d’État, débats sur la dette cachée, sur les déficits publics, sur les fonds Covid, procédures judiciaires visant d’anciens responsables politiques et administratifs : rarement, depuis l’indépendance, la question de la reddition des comptes aura occupé une place aussi centrale dans l’espace public sénégalais.

Pour la première fois, les citoyens ont le sentiment que plusieurs grands corps de contrôle de l’État fonctionnent simultanément comme de véritables instruments de vérification républicaine.

Les rapports de la Cour des comptes ne sont plus lus uniquement par quelques technocrates ou spécialistes des finances publiques. Ils deviennent des objets de débat national.

C’est un fait démocratique majeur.

Une société change profondément lorsque la vérité budgétaire et la transparence financière deviennent des enjeux citoyens.

Hannah Arendt soulignait que les démocraties commencent à se désagréger lorsque disparaît la frontière entre vérité et mensonge publics. Lorsque les citoyens ne savent plus ce qui est vrai, lorsque les chiffres deviennent manipulables selon les intérêts politiques du moment et lorsque les institutions cessent d’être crédibles, alors c’est le monde commun lui-même qui vacille.

La question posée aujourd’hui au Sénégal est donc immense : les citoyens peuvent-ils encore croire à la parole publique de l’État ?

Les rapports des corps de contrôle ont précisément pour fonction de réintroduire cette factualité républicaine indispensable à toute démocratie sérieuse.

Mais cette exigence de vérité publique ne peut produire d’effets durables sans une véritable éthique de gouvernement.

Parmi les enseignements majeurs que l’on retient du sociologue et philosophe Raymond Aron, il y a cette leçon qu’une démocratie moderne ne repose pas seulement sur des élections régulières, mais aussi sur une morale de la responsabilité et une vertu minimale des gouvernants.

Autrement dit, les institutions démocratiques ne valent que si ceux qui exercent le pouvoir acceptent eux-mêmes d’être limités, contrôlés et comptables de leurs actes.

C’est pourquoi la question du contrôle des fonds politiques de la présidence dépasse largement les relations personnelles entre Diomaye Faye et Ousmane Sonko.

Elle touche au cœur même de la culture politique sénégalaise.

Dans beaucoup de démocraties africaines postcoloniales, les fonds dits « politiques » ou « secrets » constituent historiquement une zone grise du fonctionnement de l’État. L’opacité, la discrétion présidentielle, l’absence de contrôle parlementaire réel et la justification permanente par les impératifs de souveraineté ou de sécurité ont longtemps été considérées comme normales.

Le débat ouvert publiquement par Ousmane Sonko devant les députés marque donc une rupture culturelle importante.

Pour la première fois, au sommet même de l’exécutif sénégalais, est publiquement posée une question essentielle : jusqu’où doit aller le contrôle démocratique des ressources détenues par la présidence de la République ?

Pendant longtemps, dans de nombreux régimes africains, les Assemblées nationales ont été perçues comme des chambres d’enregistrement de l’exécutif. Or ce qui se joue peut-être aujourd’hui est justement la réhabilitation progressive de la fonction de contrôle parlementaire.

Nous entrons ainsi dans une phase où la rupture promise par le projet PASTEF cesse d’être uniquement protestataire pour devenir une contradiction interne de l’exercice réel du pouvoir.

Car gouverner transforme toujours un mouvement politique.

Les impératifs de stabilité, les contraintes économiques, les équilibres diplomatiques, les résistances administratives, les logiques de sécurité d’État et la gestion quotidienne du pouvoir produisent inévitablement des tensions entre radicalité initiale et exercice concret de l’État.

Le Sénégal découvre aujourd’hui cette contradiction au grand jour.

Mais cela ne signifie pas nécessairement une crise de régime.

Au contraire, on pourrait presque dire qu’une démocratie commence à devenir adulte lorsque les désaccords au sommet de l’État cessent d’être masqués et deviennent des débats politiques assumés dans le cadre des institutions.

Le danger serait ailleurs.

Le premier danger serait celui d’une rupture abandonnée. Beaucoup de discours, quelques procès symboliques, mais au final une reproduction des anciens mécanismes de protection et d’opacité.

Dans ce cas, le désenchantement populaire pourrait devenir immense. Beaucoup de citoyens concluraient alors que les alternances ne servent qu’à remplacer des élites par d’autres.

Mais un second danger existe également. Celui d’une démocratie transformée en excitation punitive permanente, où la justice deviendrait un instrument de destruction politique plutôt qu’un pilier serein de l’État de droit.

Le Sénégal doit éviter ces deux pièges simultanément.

La fermeté contre les détournements et les enrichissements illicites est indispensable.

Mais elle doit s’accompagner du respect scrupuleux des procédures, de la présomption d’innocence, de l’indépendance de la justice et d’un refus absolu de la vengeance politique.

Car une démocratie solide ne se construit ni sur l’impunité, ni sur la peur.

La véritable question historique est finalement beaucoup plus simple : le Sénégal est-il en train de construire un État où ceux qui gouvernent savent désormais qu’ils devront rendre compte ?

Si tel est le cas, alors les tensions actuelles, aussi spectaculaires soient-elles, apparaîtront peut-être rétrospectivement comme les douleurs normales d’une transition vers une République plus mature.

Sinon, le pays retombera dans ce cycle désormais bien connu des alternances sans transformation réelle, des ruptures proclamées sans refondation institutionnelle et des désillusions successives qui nourrissent lentement le cynisme démocratique.

Une République devient véritablement adulte le jour où le pouvoir cesse d’être une protection contre la loi.

Et peut-être que le véritable « Mani Pulite » sénégalais ne consistera pas seulement à envoyer quelques responsables en prison.

Peut-être commencera-t-il réellement le jour où les institutions de contrôle, la justice et le Parlement deviendront plus forts que les hommes qui exercent momentanément le pouvoir.

Il n’y a pas de “crise” Diomaye–Sonko.Ce que la vieille lecture politique ne comprend plus du Sénégal.

Il n’y a peut-être pas aujourd’hui de “crise Diomaye–Sonko”.
Il y a plutôt un vieux système politique qui peine à comprendre le monde nouveau qui est en train d’émerger sous ses yeux.
Les réponses ne se trouvent ni dans les gestes protocolaires, ni dans les expressions de visage, ni dans les spéculations permanentes sur les rivalités personnelles.
Elles se trouvent dans l’analyse du mouvement profond de la société sénégalaise.

« Une révolution démocratique ne se mesure pas seulement à la chute d’un pouvoir, mais à l’irruption d’un peuple dans son propre destin politique. »
Dans la continuité de ma précédente contribution sur le moment révolutionnaire sénégalais, je voudrais revenir sur les commentaires suscités par l’interview du président Bassirou Diomaye Faye ce samedi.
Depuis plusieurs jours, une partie de la presse, des commentateurs politiques et même certains segments de ce qu’il est convenu d’appeler la “société civile” agitent le spectre d’une prétendue crise institutionnelle — voire d’une crise de régime — à partir des divergences apparues publiquement entre le président Diomaye Faye et le Premier ministre Ousmane Sonko.
Le Sénégal serait-il entré dans une zone de turbulence politique majeure ?
Le pouvoir issu de la séquence de 2024 serait-il déjà menacé par ses contradictions internes ?
À écouter certains analystes, les réponses semblent déjà trouvées.
On scrute les poignées de main.
On analyse les froncements de sourcils.
On observe qui se lève ou non à l’arrivée de l’autre.
On dissèque les silences, les postures, les nuances de langage.
Mais cette lecture me paraît profondément insuffisante.
Car elle continue à observer le Sénégal avec des catégories anciennes, devenues incapables de saisir la nature réelle de la transformation politique en cours.
Nous ne sommes plus dans les anciennes séquences politiques.
Le Sénégal a déjà connu de fortes tensions et des crises politiques majeures :
• Diouf contre Wade ;
• Wade contre Macky Sall ;
• Macky Sall contre Ousmane Sonko.
Mais la période actuelle n’est réductible à aucune de ces configurations.
Pourquoi ?
Parce que ce qui s’est produit depuis les mobilisations populaires des années 2021–2024 dépasse largement une simple alternance politique.
Nous sommes entrés dans une phase de recomposition profonde du champ politique sénégalais.
Et c’est précisément ce que beaucoup d’analystes continuent de ne pas voir.
Ils raisonnent encore dans les catégories classiques :
• affrontement entre personnalités ;
• rivalité de leadership ;
• compétition de succession ;
• équilibre protocolaire entre institutions ;
• guerre d’ego au sommet de l’État.
Or le véritable phénomène historique est ailleurs.
Ce qui traverse aujourd’hui le Sénégal, c’est la poursuite d’une révolution citoyenne qui continue de produire ses effets sur l’ensemble du système politique.
Les tensions actuelles sont normales dans un moment de transformation historique.
Les périodes de transition politique profonde ne sont jamais linéaires.
Elles produisent nécessairement :
• des ajustements ;
• des contradictions ;
• des débats stratégiques ;
• des différenciations de rôle ;
• et parfois des divergences publiques.
Mais ces tensions ne signifient pas automatiquement crise institutionnelle.
Bien au contraire.
Dans les moments historiques ordinaires, les institutions stabilisent les rapports politiques.
Dans les moments de transformation profonde, les institutions demeurent juridiquement stables, mais les légitimités politiques deviennent mobiles.
C’est exactement ce que nous observons aujourd’hui.
Le Sénégal n’est pas confronté à une crise de régime.
Le Sénégal traverse une phase de redéfinition de son architecture politique.
Et cette redéfinition est le produit direct de la poussée populaire et citoyenne des dernières années.
Sonko et Diomaye occupent désormais des fonctions politiques différentes.
Une partie des commentateurs continue à penser la relation entre Ousmane Sonko et Bassirou Diomaye Faye comme une contradiction appelée fatalement à exploser.
Cette lecture me paraît réductrice.
Car les dynamiques révolutionnaires produisent souvent plusieurs pôles complémentaires :
• un pôle de mobilisation populaire ;
• et un pôle d’institutionnalisation.
Ousmane Sonko demeure, dans l’imaginaire politique populaire, le principal vecteur de la rupture citoyenne née des mobilisations de ces dernières années.
Il incarne encore l’énergie de transformation radicale du système.
Bassirou Diomaye Faye, lui, occupe désormais une autre fonction historique : celle de l’élargissement de la légitimité politique et de l’occupation progressive du centre du champ politique sénégalais.
À travers la fonction présidentielle, Diomaye dépasse progressivement la seule base militante originelle pour agréger des segments plus larges de la société politique.
Et c’est ici qu’apparaît la recomposition majeure en cours.
Une recomposition politique plus rapide que prévu.
Depuis plusieurs mois, on voit se dessiner un phénomène politique profond.
L’ancien système partisan sénégalais se fragmente à grande vitesse :
• le PDS disparaît littéralement sous nos yeux, affaibli par l’effacement progressif de son leadership historique ;
• l’APR entre dans une phase d’incertitude post-Macky ;
• le Parti Socialiste et les anciennes familles de gauche peinent à retrouver une centralité politique ;
• les anciennes oppositions traditionnelles perdent leur capacité structurante.
Dans cet espace en recomposition, le président Diomaye Faye semble progressivement occuper une partie du terrain laissé vacant par les anciennes forces politiques traditionnelles.
Pendant ce temps, Ousmane Sonko demeure le point de référence central de la dynamique populaire et militante issue de la révolution citoyenne.
Autrement dit : ce que certains présentent comme une crise pourrait bien être en réalité l’expression d’une nouvelle structuration du champ politique sénégalais.
La véritable crise est peut-être celle des anciennes grilles de lecture.
Le problème est peut-être moins institutionnel qu’intellectuel.
Une partie de la classe médiatique, politique et universitaire continue à analyser le Sénégal avec des catégories devenues obsolètes. Elle cherche encore :
• des scénarios de rupture personnelle ;
• des conflits d’ambition ;
• des guerres de succession ;
• des affrontements protocolaires.
Mais la question historique est désormais ailleurs.
La révolution citoyenne ouverte depuis plusieurs années continue de bouleverser l’ensemble du système politique sénégalais.
Elle déplace les centres de gravité.
Elle redéfinit les légitimités.
Elle accélère les recompositions.
Elle rend progressivement caducs les anciens schémas de lecture.
Et c’est précisément cette mutation que beaucoup refusent encore de voir.
Conclusion
Il n’y a peut-être pas aujourd’hui de “crise Diomaye–Sonko”.
Il y a plutôt un vieux système politique qui peine à comprendre le monde nouveau qui est en train d’émerger sous ses yeux.
Les réponses ne se trouvent ni dans les gestes protocolaires, ni dans les expressions de visage, ni dans les spéculations permanentes sur les rivalités personnelles.
Elles se trouvent dans l’analyse du mouvement profond de la société sénégalaise.
Car ce qui est en train de se jouer dépasse désormais les individus eux-mêmes.
La révolution citoyenne sénégalaise continue son travail de transformation.
Et elle emporte avec elle les anciennes certitudes, les vieux appareils politiques… et parfois même les anciennes manières de penser la politique.

Municipales 2026 en France : l’universalisme à l’épreuve du réel (vu depuis Dakar)

Les municipales 2026 en France posent une question simple :
qui représente réellement la société ?

Depuis Dakar, et après 20 ans d’engagement comme élu local en France, je vois une fracture :
entre discours universaliste… et réalité du pouvoir.

👉 Faire ce qu’on dit. Dire ce qu’on fait.

« Là où il y a une volonté, il y a un chemin. »

Les municipales de mars 2026 en France disent quelque chose de profond — y compris pour nous qui les observons depuis le Sénégal.

L’élection de plusieurs maires issus de l’immigration subsaharienne n’est pas un simple symbole.
C’est un révélateur.
Et il met à nu une fracture au sein de la gauche française.

Je parle ici aussi d’expérience.

Aujourd’hui à la retraite, j’ai été, depuis les années 2000, à la fois acteur et observateur de ces dynamiques : militant internationaliste, élu local — maire adjoint, premier adjoint — puis vice-président d’une communauté d’agglomération sur le plateau de Saclay.
J’ai vu, de l’intérieur, comment se fabriquent les trajectoires politiques… et leurs limites.

D’un côté, La France Insoumise fait un choix clair : traduire sociologiquement la France telle qu’elle est.
Résultat : des profils longtemps tenus à la périphérie accèdent enfin à des responsabilités.
Le plafond de verre, longtemps dénoncé, commence à céder.

De l’autre, le Parti socialiste et le Parti communiste français restent attachés à une vision universaliste : ne pas voir les origines, ne pas les nommer, ne pas les instrumentaliser.

Sur le principe, c’est irréprochable.
Dans la pratique, c’est autre chose.

Car les images parlent.

Lors des célébrations autour d’Emmanuel Grégoire à Paris, ce qui frappe n’est pas seulement la victoire.
C’est l’homogénéité.

Et pour qui a vécu ces espaces de l’intérieur, cela n’a rien d’une surprise.

Pendant des années, j’ai vu se déployer un discours universaliste exigeant… mais aussi des mécanismes implicites de sélection, de cooptation, de reproduction.
Rien de frontal. Tout de structurel.

C’est là que le regard depuis Dakar prend du relief.

Au Sénégal, la question se pose autrement, mais elle existe aussi : équilibres territoriaux, générationnels, sociaux.
Là aussi, la représentation est une construction, jamais une évidence.

Autrement dit, aucune démocratie n’échappe à cette question fondamentale :

  •  Qui représente qui ?
  •  Et au nom de quelle légitimité ?

La différence, peut-être, tient à ceci :
en France, on proclame l’indifférence aux différences.
Mais celles-ci continuent d’organiser silencieusement l’accès au pouvoir.

Alors posons la question sans détour :
refuser de voir les différences, est-ce vraiment les dépasser… ou simplement les ignorer ?

L’universalisme n’est pas en cause.
Son usage, oui.

Lorsqu’il sert à ne rien changer, il cesse d’être un principe.
Il devient un refuge.

Et vu depuis Dakar, cela résonne avec une autre réalité bien connue :
celle des systèmes politiques qui se disent ouverts… mais où les visages du pouvoir évoluent lentement.

Au fond, la politique est une affaire de cohérence.

Faire ce que l’on dit.
Dire ce que l’on fait.
Et surtout : assumer qui l’on représente réellement.

DIOMAYE MOY SONKO / SONKO MOY DIOMAYE : Comprendre le moment révolutionnaire sénégalais

Une révolution démocratique ne se mesure pas seulement à la chute d’un pouvoir, mais à l’irruption d’un peuple dans son propre destin politique.
Dans la continuité de ma dernière contribution, « Penser par-delà le bruit et la fureur », je voudrais ici inviter à prendre de la hauteur.

Car l’analyse des moments politiques d’exception exige ce travail de sociologie politique qui consiste à instaurer une distance avec l’événement, à déconstruire théoriquement l’objet pour mieux en saisir la logique profonde et la portée historique.

Une révolution démocratique ne se mesure pas seulement à la chute d’un pouvoir, mais à l’irruption d’un peuple dans son propre destin politique.

Dans la continuité de ma dernière contribution, « Penser par-delà le bruit et la fureur », je voudrais ici inviter à prendre de la hauteur.

Car l’analyse des moments politiques d’exception exige ce travail de sociologie politique qui consiste à instaurer une distance avec l’événement, à déconstruire théoriquement l’objet pour mieux en saisir la logique profonde et la portée historique.

Depuis le début des années 2020, le Sénégal traverse une séquence politique singulière. À travers mobilisations populaires, crise de légitimité du pouvoir et recomposition des forces politiques, un moment que l’on peut qualifier de révolution démocratique s’est progressivement dessiné.


Il arrive dans l’histoire des peuples des moments où les équilibres politiques, patiemment installés au fil du temps, se fissurent soudain sous la pression silencieuse de la société.

Ce qui semblait immuable bascule alors, presque soudainement, dans un mouvement irréversible.

Les signes avant-coureurs de ces basculements sont souvent perceptibles bien avant que l’événement lui-même ne survienne. Ils se manifestent dans les frustrations accumulées, dans les tensions sociales, dans l’occupation progressive de l’espace public par une société qui cherche à se faire entendre.

Il en est des révolutions comme de la vie : des pauses, des tensions et des ruptures font partie de l’ordre naturel des choses.

Les dynamiques sociales et politiques qui ont emporté le régime de Macky Sall étaient en réalité à l’œuvre bien avant l’élection présidentielle de 2024. Elles s’inscrivent dans un processus plus profond qui possède plusieurs des attributs d’une révolution démocratique.

Car les révolutions ne surgissent jamais instantanément. Elles se déploient dans le temps long, à travers l’accumulation de frustrations, de mobilisations populaires et de moments de rupture qui finissent par transformer durablement l’ordre politique.

Comme l’écrivait Victor Serge, les révolutions sont tragiques parce qu’elles portent en elles à la fois les plus grandes espérances et les plus grandes épreuves.

Mais avant d’aller plus loin, une question mérite d’être posée : peut-on réellement qualifier de révolution les dynamiques sociales et politiques qui traversent le Sénégal depuis le début des années 2020 ?

Une révolution au sens d’Hannah Arendt ?

Dans son ouvrage « On Revolution » (où elle explore une comparaison approfondie entre la Révolution française de 1789 et la Révolution américaine), Hannah Arendt rappelle qu’une révolution ne se réduit pas à la chute d’un gouvernement.

Elle correspond toujours au moment où surgit la possibilité d’un nouveau commencement politique. Trois éléments caractérisent ce moment révolutionnaire :

-une crise profonde de légitimité du pouvoir en place ;

-l’irruption du peuple dans l’espace public ;

-la volonté collective de reconquérir la liberté politique.

À bien des égards, la séquence politique sénégalaise récente présente ces trois caractéristiques.

La légitimité du régime de Macky SALL s’est progressivement érodée avec la corruption érigée en principe de gouvernement, la violence systématique opposée aux jeunes. Et de fait les mobilisations populaires ont occupé durablement l’espace public. Et une aspiration forte à la souveraineté politique s’est exprimée dans toutes les couches de la société, particulièrement chez la jeunesse et dans les populations des grands centres urbains.

Dans cette perspective, l’élection de Diomaye Faye ne peut être réduit à une simple alternance électorale. Elle apparait plutôt comme l’aboutissement d’un processus plus profond de réappropriation démocratique.

PASTEF comme vecteur politique du moment révolutionnaire

Dans ce contexte, qu’on l’approuve ou qu’on le conteste, une réalité politique s’impose : le parti PASTEF est devenu le principal vecteur politique de cette dynamique sociale.

PASTEF n’est pas seulement un parti parmi d’autres. Il est devenu, au fil des crises et des mobilisations, le point de cristallisation d’une contestation politique plus large, portée en grande partie par une jeunesse qui cherchait un instrument politique pour exprimer son aspiration au changement.

C’est dans cette dynamique que la figure de Ousmane Sonko s’est progressivement imposée comme catalyseur d’une mobilisation populaire inédite.

Mais l’histoire des mouvements politiques montre aussi que les processus révolutionnaires dépassent souvent les individus qui les incarnent.

« Diomaye moy Sonko » : la formule d’un moment historique

La formule — « Diomaye moy Sonko / Sonko moy Diomaye » — doit être comprise dans ce contexte.

Elle n’est pas seulement un slogan électoral. Elle est l’expression d’un moment politique particulier.

Dans un contexte de confrontation politique intense, où l’appareil d’État cherchait à neutraliser un leadership émergent, le mouvement a trouvé les ressources nécessaires pour préserver sa continuité politique.

La candidature de Bassirou Diomaye Faye n’a pas interrompu la dynamique ; elle l’a prolongée.

Elle a permis au mouvement de franchir l’obstacle institutionnel qui lui était opposé tout en conservant la cohérence de son projet.

La dualité Sonko–Diomaye apparaît ainsi moins comme une contradiction que comme une résultante du processus historique lui-même.

Les tensions d’un moment révolutionnaire

Une révolution démocratique n’abolit pas les tensions : elle les révèle.

Ces derniers mois, Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko ont publiquement exposé certaines de leurs divergences et différences d’approche politique.

Ces tensions ont parfois été interprétées comme les signes d’une rupture ou d’une fragilité du pouvoir issu de la dynamique politique récente.

Mais ces divergences ne prennent véritablement sens que si on les replace dans le cadre plus large du processus historique que traverse aujourd’hui le Sénégal.

Car le passage d’un moment de mobilisation populaire à l’exercice concret du pouvoir s’accompagne toujours de débats, d’ajustements et parfois de désaccords sur la manière de traduire politiquement l’élan qui a porté le changement.

Autrement dit, ce qui apparaît aujourd’hui comme des divergences peut aussi être lu comme l’expression normale d’un mouvement politique entré dans sa phase de transformation institutionnelle.

C’est précisément à cette grille de lecture — celle d’un moment révolutionnaire en cours de structuration — que je voudrais inviter.

Les recompositions d’un moment révolutionnaire

Les moments révolutionnaires ne bouleversent pas seulement les rapports entre un pouvoir et la société. Ils transforment aussi en profondeur l’architecture du champ politique.

La constitution récente de la coalition Diomaye Président s’inscrit dans ce mouvement de recomposition.

Certains y voient déjà une tentative d’hégémonie politique ou une dérive partisane qu’il faudrait dénoncer sans nuance. Mais une lecture plus attentive du moment historique invite à davantage de prudence.

Dans une période de transformation politique profonde, il est fréquent que de nouvelles formations ou coalitions apparaissent pour agréger des forces politiques auparavant dispersées.

De ce point de vue, la coalition Diomaye Président peut aussi être interprétée comme le prolongement institutionnel du moment révolutionnaire qui s’est exprimé dans les mobilisations populaires des dernières années.

Elle tend en effet à rassembler des segments politiques issus de l’éclatement progressif du régime de Macky Sall et de la recomposition du paysage partisan sénégalais.

Car le champ politique laissé derrière la séquence récente est profondément transformé.

Le Parti Démocratique Sénégalais apparaît aujourd’hui affaibli par l’éloignement de son leadership historique.

L’Alliance pour la République semble entrer dans une phase d’incertitude après la fin du cycle politique ouvert par Macky Sall.

Quant au Parti Socialiste du Sénégal et aux différentes formations issues de la tradition marxiste sénégalaise, leur capacité à structurer l’espace politique apparaît aujourd’hui considérablement réduite.

Dans cet espace politique recomposé, la coalition Diomaye Président pourrait ainsi chercher à occuper le vide laissé par l’affaiblissement des anciennes forces structurantes du système partisan.

Il est encore trop tôt pour dire si cette recomposition débouchera sur une nouvelle structuration durable de la vie politique sénégalaise.

Mais une chose semble déjà certaine : les moments révolutionnaires redessinent toujours les cartes du pouvoir.

Et le Sénégal n’échappe pas à cette règle.

De la mobilisation populaire à la refondation républicaine

Toute révolution démocratique se heurte tôt ou tard à une question décisive : comment transformer une dynamique populaire en institutions durables ?

La victoire électorale ne constitue jamais la fin d’un processus révolutionnaire. Elle marque plutôt son entrée dans une phase nouvelle : celle de la transformation institutionnelle.

Le défi qui s’ouvre aujourd’hui au Sénégal est donc celui d’une refondation républicaine.

Une telle refondation suppose :

la restauration de la crédibilité des institutions publiques ;

l’indépendance effective de la justice ;

une redéfinition du rapport entre l’État et les citoyens ;

et une gouvernance fondée sur la transparence et la responsabilité.

Autrement dit, le moment révolutionnaire ne trouvera son accomplissement que s’il débouche sur une République plus juste, plus transparente et plus démocratique.

C’est peut-être dans cette perspective qu’il faut comprendre la formule devenue emblématique « Diomaye moy Sonko / Sonko moy Diomaye ».

Au-delà du slogan politique, elle exprime une idée plus profonde : celle d’un moment historique où un mouvement populaire a su préserver sa cohérence face aux tentatives de fragmentation, en affirmant la continuité d’un projet politique porté par une aspiration collective au changement.

Conclusion

Peut-être est-ce là la véritable signification du moment sénégalais : non pas la victoire d’un homme ou d’un parti, mais l’entrée d’un peuple dans une nouvelle étape de son histoire politique.

Ce qui s’est exprimé dans les mobilisations populaires des dernières années dépasse en effet les logiques partisanes. Il s’agit d’une aspiration plus profonde : celle d’une société qui cherche à reprendre en main son destin politique et à refonder les bases de sa vie républicaine.

Et pour paraphraser Frantz Fanon chaque génération doit, dans une relative opacité, découvrir sa mission, la remplir ou la trahir.

La génération politique qui s’est levée au Sénégal depuis le début des années 2020 semble avoir choisi de la remplir — et c’est peut-être ainsi que commence un nouveau chapitre de l’histoire démocratique du Sénégal.

Babacar FALL
Haut fonctionnaire à la retraite

Penser au-delà du bruit et de la fureur.

Dans un pays où tous semblent parler en même temps, le vrai courage est peut-être de savoir se taire un moment pour penser.
J’avais arrêté ce blog depuis plus d’une année. J’ai pris le temps d’écouter, d’échanger, de regarder ce pays et de sentir son cœur battre.

Dans un pays où tous semblent parler en même temps, le vrai courage est peut-être de savoir se taire un moment pour penser.

J’avais arrêté ce blog depuis plus d’une année. J’ai pris le temps d’écouter, d’échanger, de regarder ce pays et de sentir son cœur battre. 

Le Sénégal est à l’image de ce baobab majestueux, plusieurs fois centenaire sur l’ile de Dionewar sur les berges du Saloum qui regarde le tumulte du monde tel le fleuve qui coule à ses pieds.

Le vacarme des jours

Il y a des moments où le Sénégal ressemble à une place publique sans fin.

Tout le monde parle, s’indigne, commente, prophétise.

Les bourreaux d’hier qui essaient de se faire passer pour des victimes.

Ceux qui se sont gavés d’argent public et ingurgiter jusqu’à plus soif veulent apparaître comme des martyrs aujourd’hui. L’incarcération à Rebeus apparaît comme la summum du déshonneur. Passe encore le pavillon spécial des malades incarcérés mais la prison, non pas la prison pour eux. 
Alors les plateaux télé qu’ils continuent de biberonner débordent, les réseaux sociaux alimentés brûlent, les conversations s’enflamment au moindre mot.
Le bruit est partout — un bruit qui ne laisse plus respirer la pensée et le discernement.

On ne cherche plus à comprendre, mais à réagir, même pour les acteurs les plus avisés et pas dupes.
Chacun veut avoir raison, tout de suite, bruyamment.
Et pourtant, plus le bruit augmente, plus le sens s’éloigne.
On confond la passion avec la profondeur, l’indignation avec la lucidité.

La démocratie, elle, demande autre chose : du recul, de la lenteur (du temps), du discernement.

La fureur et ses blessures

Sous le bruit, il y a la fureur.
Une fureur qui n’est pas seulement politique : elle est sociale, générationnelle, existentielle.
C’est la colère d’une jeunesse brillante, impatiente, ouverte au monde, mais bloquée, instruite mais sans espace, connectée mais frustrée.
C’est aussi la fatigue d’un peuple qui travaille dur, mais qui ne voit pas toujours le fruit de son effort.

La vie chère, l’insécurité, la récession économique qui s’installe insidieusement, anéantissent les espérances soulevées par la victoire de Ousmane Sonko et Diomaye Faye.

Cette fureur est juste.

Et c’est elle qui a posé les prémisses de la révolution démocratique en cours.
Mais elle devient dangereuse quand elle n’a plus d’horizon, quand elle n’est plus orientée par une pensée.
Elle peut se transformer alors en spirale, en déferlement. Et au lieu de bâtir, elle peut tout brûler comme l’expérience et l’histoire des révolutions dans le monde nous en ont donné souvent une illustration.

Revenir à l’essentiel : penser

Penser au-delà du bruit et de la fureur, c’est un acte presque spirituel.
C’est refuser de se laisser happer par le tumulte du moment pour revenir à ce qui dure.
C’est s’asseoir, observer, écouter — non pour fuir, mais pour comprendre.

Le Sénégal a toujours su le faire.
Nos traditions sont souvent des écoles de pensée.
On y apprend que parler ne suffit pas : il faut chercher le vrai mot, celui qui apaise et éclaire.

Penser, ce n’est pas se taire : c’est parler autrement.

Et pour reprendre la formule de Lénine : là où il y a une volonté, il y a un chemin.

L’éthique du discernement

Le vrai enjeu du Sénégal n’est pas seulement institutionnel, mais intérieur.

Pastef n’a pas engendré la révolution démocratique actuelle comme le démiurge qui façonne l’univers à partir d’un chaos préexistant, en s’inspirant des formes intelligibles et éternelles pour créer un monde ordonné et beau.

Ousmane Sonko n’essaie pas de créer le monde à partir de rien (ex nihilo), mais organise une matière désordonnée, introduisant un ordre par la proportion et la raison. C’est du moins de ce que j’ai compris de ses déclarations et de ses écrits.

Elle sourd depuis de nombreuses années, de la contestation du vol des deniers publics, de la gabegie qui a régné dans les hautes sphères des pouvoirs passés.

Elle sourd depuis les 12 ans au pouvoir Abdoulaye Wade, qui a réduit à néant notre culture des règles de la bonne administration publique, de l’Etat de droit, au profit de coteries familiales et financières. Et a engendré le retour du refoulé du pouvoir ceddo ou ce que le professeur Mamadou Diouf appelle le modèle islamo-wolof de l’Etat.

Elle sourd après la poursuite du wadisme sans Wade, avec la mise en place par Macky et les siens de la gestion clanique et mafieuse de l’Etat, prêts à tout pour piller et massacrer sans remords toutes contestations.

Nous avons besoin d’une éthique du discernement.
D’apprendre à distinguer l’émotion de l’information, la critique de la haine, la conviction du fanatisme.

Il faut remettre la pensée, l’éducation, la culture au centre du débat national.
Non pour créer une élite qui parle seule, mais pour reconstruire un langage commun,
où la parole retrouve sa valeur.

En somme, l’objectif de la révolution démocratique en cours est de « faire Nation », c’est-à-dire continuer à créer un sentiment d’appartenance commune chez tous les citoyens de ce pays, en renforçant le sentiment d’une destinée et d’une solidarité partagées.

Cela passe, par la construction de liens sociaux forts et la mise en place des conditions d’équité, de justice et de confiance entre les citoyens que nous sommes.

Et la clarté morale est une forme de courage politique. C’est ce que résume à mon sens la formule : Jub, Jubal, Jubanti. Des concepts moraux wolof qui veulent simplement traduire ces valeurs : transparence, justice, redressement.

Penser, c’est aimer le pays

Penser, dans ces temps troublés, c’est résister à la banalité du mal en refusant de suivre le courant comme le dit Hannah Arendt.

Le mal étant ce sentiment dans lequel les épigones de Wade (Macky et les siens) veulent plonger ce pays.

A l’aide des méthodes démoralisantes qui transforment les citoyens pensants en automates, ils veulent tuer la volonté des citoyens, le caractère, la dignité. La coterie gouvernante balayée en mars 2024, a su devenir grâce aux milliards détournés, une petite oligarchie qui se veut, même masquée, inamovible et inviolable.
Le bruit passera.
La fureur aussi.
Mais ce qui restera, c’est la qualité de notre regard collectif — notre capacité à dire :voilà où nous voulons aller ensemble.

Ce pays a besoin de citoyens qui écoutent avant de répondre, de leaders qui pensent avant de parler, et d’une jeunesse qui croit que le silence, parfois, est plus fort que le cri.

Parce qu’au fond, penser au-delà du bruit et de la fureur, ce n’est pas s’éloigner des réalités du Sénégal : c’est apprendre à le voir tel qu’il est — pour mieux le transformer.

Une fête de l’instruction publique gâchée.

Que 100 écoles publiques rivalisent et s’épanouissent !!!
Seule l’école publique laïque garantit l’égalité des chances de tous les enfants de la République. Par la neutralité de l’enseignement et l’engagement absolu pour éduquer et former des citoyens libres, les enseignants de l’école publique sont nos héros quotidiens. Le gouvernement est attendu sur sa capacité à reconstruire le système public de l’éducation et pas d’ériger l’école privée catholique comme la voie exclusive de réussite scolaire des enfants.

Le tollé provoqué et les répliques successives par une partie des propos tenus par le Premier ministre lors de la remise des prix du concours général aura ruiné le message d’ensemble du président de la République et du premier ministre lui-même.

 C’était la fête de l’école, de l’éducation et de l’apprentissage de la science.

En substance, il s’agissait de mettre en exergue la valeur de l’instruction publique nationale au travers de ses brillants récipiendaires de toutes origines.

En écoutant bien les propos du premier ministre : « Certaines choses ne peuvent plus être tolérées dans ce pays. En Europe, ils nous parlent constamment de leur modèle de vie et de style, mais cela leur appartient. » On voit bien qu’il y a une erreur de contexte.

Rappelons qu’il répondait aux questions d’une jeune femme lauréate d’un concours de récitations de Coran à propos des daaras.  

La mauvaise querelle sur la laïcité des écoles confessionnelles catholiques.

L’Eglise catholique ne peut être le promoteur de la laïcité. Elle ne l’a pas inventée, ni au Sénégal, ni ailleurs.

La laïcité « européenne » ou française en particulier, puisque c’est de celle-là dont il s’agit s’est développée contre l’Eglise, accusée d’accaparement des consciences des enfants.

L’instauration de l’instruction publique, gratuite et laïque en France s’est faite contre la toute-puissance du clergé catholique à revendiquer sa compétence et sa prétention à former et éduquer tous les enfants.

A travers cette mauvaise querelle qui sévit depuis ces propos de Ousmane Sonko, nous sommes exactement en face d’un « double bind » ou double contrainte pour reprendre le concept de Gregory Bateson. En gros, une “double contrainte” est un type particulier de conflit qui crée une situation “non-gagnante” ; c’est-à-dire, une situation dans laquelle on est “damné si vous le faîtes et damné si vous ne le faîtes pas”.

Cela veut dire que le clergé catholique sénégalais se voit assigné à la défense d’une laïcité à la française qui ne le concerne en rien et qu’une frange importante de ses coreligionnaires français abhorrent.

Et le premier ministre semble ériger l’accès à ’école privée confessionnelle catholique comme étant la condition de la réussite scolaire pour les élèves sénégalais les plus brillants.C’est ainsi que je lis cette partie de son propos : « au Sénégal, nous ne permettrons plus à certaines écoles d’interdire le port du voile ». Se voulant plus clair, il a ajouté : « Gare à ces institutions qui refuseront d’accepter une fille simplement parce qu’elle est voilée. »

Mais pourquoi alors que les meilleures écoles publiques gratuites leur sont ouvertes et que c’est leur place naturelle ?

Eloge de l’école publique, gratuite et obligatoire

Je suis un enfant de l’école publique (primaire, secondaire et université), l’école de tous les enfants, ouverte, laïque, tolérante, avec ses enseignants-hussards dont le dévouement, la disponibilité totale, faisaient notre admiration. C’est l’école du brassage et de l’édification des citoyens sénégalais. Où on apprend à « faire Nation ». Où on s’ouvre aux autres, d’où qu’ils viennent et quelle que soit l’origine sociale des parents. C’est cette école que les pères bâtisseurs de notre Etat-Nation ont construite.

Léopold Senghor et Mamadou Dia et tous leurs compagnons avaient fait ce choix, qui est celui de l’avenir de notre Nation.

Tous les élèves du Sénégal de mon âge et les plus jeunes, parlent toujours avec beaucoup d’émotions des enseignants qui les ont marqués durant leur scolarité. Le ministre Guirrassy en a donné un témoignage l’autre jour en recevant son ancienne institutrice. Le premier ministre l’a illustré aussi dans une autre partie de son propos en parlant des enseignants qui l’ont encouragé à se discipliner pour ne pas rater ses études. Le parrainage de la cérémonie de remise des prix du concours général par le professeur Sangharé témoigne de la volonté des pouvoirs publics d’ériger l’instruction publique comme levier indispensable du développement de notre pays.

Mais alors, pourquoi cette fixation sur le voile ?

Pourquoi cette mauvaise querelle sur l’admission réelle ou supposée des élèves voilées dans les écoles, en l’occurrence des écoles catholiques, même si le premier ministre ne les cite pas ?

Le premier principe de la laïcité ou du sécularisme sénégalais est celui de la neutralité de l’espace scolaire public. Tout du moins, comme l’ont voulu les pères bâtisseurs de notre Etat-Nation.

Les convictions religieuses doivent rester à la porte de l’école publique. On se fiche de connaître la religion de tel ou tel camarade. On était de Blaise Diagne, de Van Vo ou Delafosse. Et une sorte de patriotisme scolaire se développait en sport, au hand, au foot ou au basket. On admirait les moyens que mettait l’encadrement de Saint Michel en sport. Mais on était ravi de les battre sur le terrain.

C’est le devoir des pouvoirs publics de construire des écoles publiques de qualité pour tous les enfants du Sénégal. Certes l’enseignement privé (confessionnel ou pas) est partie intégrante du système national d’éducation, mais il n’est pas destiné à tous les élèves. Alors que l’enseignement public est ouvert à tous. C’est de la responsabilité du gouvernement de le développer, le consolider et de l’étendre.

Les politiques d’ajustement structurel des années 80 ont démoli le système d’enseignement public : fin des programmes de construction (avec la honte absolue qu’a constitué jusqu’à aujourd’hui l’état de délabrement du lycée Limamou Laye de Guédiawaye malgré ses excellents résultats chaque année), arrêt des recrutements d’enseignants…

Que 100 écoles publiques rivalisent et s’épanouissent !!!

Du premier ministre j’attends l’annonce d’un programme de construction d’écoles publiques dans les grands centres urbains du pays et dans le monde rural. Je n’attends pas des propos sur l’exclusion réelle ou supposée d’élèves voilées des écoles catholiques et qui ne concernent en l’occurrence que quelques dizaines des filles et dont les parents ont suffisamment les moyens de leur trouver une place ailleurs. Ce qui est d’ailleurs le cas à chaque rentrée.

Le souverainisme économique et le développement de ce pays mérite que l’on évite ces mauvaises querelles et que l’on se concentre sur l’essentiel.

Pour reprendre le mot de Mamadou Diouf, une véritable révolution démocratique s’est enclenchée dans ce pays, une déconstruction-reconstruction de certains paradigmes est en route. Parmi celles-ci une prise de conscience citoyenne, jamais observée et à certains égards, comparable aux mobilisations pré et postindépendance.

J’ai prédit et écrit sur la raclée électorale qu’allait subir le régime corrompu de Macky. Et le résultat est au-delà des espoirs des démocrates et des républicains de ce pays et d’ailleurs.

Les premières décisions et l’allure générale des mesures arrêtées (à l’exception notable de la parité dans les nominations aux fonctions de direction publiques), la gestion maîtrisée des politiques publiques, annoncent des lendemains qui tranchent agréablement avec la fin de règne de Macky Sall et même de Wade.  Le renouvellement générationnel, les nouveaux talents et compétences et les pratiques du gouvernement constituent assurément de très agréables surprises.

La face hideuse d’une fin de mandat.

On pensait avoir tout vu des agissements et des manœuvres de ce régime finissant, mais dissoudre PASTEF, envoyer au bagne emprisonner son chef après la rafle de ses cadres, démanteler de façon chirurgicale ce parti et obliger Khalifa Sall, ce pauvre Barthélémy Diaz et Karim Wade à aller à Canossa a montré aux citoyens de ce pays et au monde entier que ce régime est prêt à tout.
Il a largué les amarres et vogue vers des rivages d’un totalitarisme inconnu dans ce pays depuis plus de 40 ans.

On pensait avoir tout vu des agissements et des manœuvres de ce régime finissant, mais dissoudre PASTEF, envoyer au bagne emprisonner son chef après la rafle de ses cadres, démanteler de façon chirurgicale ce parti et obliger Khalifa Sall, ce pauvre Barthélémy Diaz et Karim Wade à aller à Canossa a montré aux citoyens de ce pays et au monde entier que ce régime est prêt à tout.

Il a largué les amarres et vogue vers des rivages d’un totalitarisme inconnu dans ce pays depuis plus de 40 ans. 

Les livres d’histoire diront retiendront que c’est durant le régime de Macky Sall, que la police et des nervis ont osé tirer sur la population faisant plusieurs dizaines de morts.

On se souviendra que c’est sous son régime que plus 700 manifestants ont été raflés enfermés par ses séides.

L’histoire notera que c’est sous son régime que la prévarication, le détournement des deniers publics, la gabegie et l’impunité pour leurs auteurs auront atteint un niveau jamais vu (sauf sous son maître, Wade) sous nos horizons

Ce régime n’agit pas par convictions, parce qu’il n’en a pas.

Il agit au gré d’emprunts et toujours vers les extrêmes. Parce qu’il pense avec ses muscles.

Le Président et son clan de « katangais », mènent cette Nation à une banqueroute économique, sociale et morale complète.

On se souviendra de Macky Sall, comme d’un petit président.

Un bonapartisme sénégalais.

Nous le constatons depuis 12 ans, ce régime n’est pas capable d’assurer au peuple sénégalais, ni la lutte contre la misère sociale, ni le développement économique, ni le respect des libertés publiques.

C’est précisément, la raison pour laquelle, ils ne peuvent supporter plus longtemps l’ordre démocratique, avec les contestations, les manifestations, les interpellations des citoyens et de l’opposition. Ils sont contraints d’écraser les citoyens et surtout la jeunesse par la violence et la répression inouïe.

Le régime sait qu’il ne peut pas faire marcher l’armée contre le peuple sénégalais, parce qu’il sait que très souvent dans ces situations, cela s’achève par le passage d’une grande partie des soldats du côté du peuple.

Dans l’histoire politique dans beaucoup de pays, c’est la raison qui conduit à la création de bandes armées particulières (nervis) nourries, payées et dressées contre le peuple, comme certaines races de chiens sont dressées contre le gibier.

Ce régime est celui d’un homme arrivé au pouvoir par un heureux concours de circonstances.

Je crois à certains égards que l’on peut parler d’une tentation de Macky Sall à un « bonapartisme sénégalais » dans sa propension à vouloir incarner à lui seul, la nation sénégalaise contre tous les autres.

Puisqu’il les considère tous, de Khalifa Sall en passant par Karim Wade, (tous les deux passés par la case prison) et Ousmane Sonko comme des ennemis de l’Etat, que lui seul représente.

Il se méfie des corps intermédiaires, syndicats, organisation des droits de l’homme et autres associations, des confréries religieuses, de l’Eglise catholique, de tous les pouvoirs locaux, tous émanant de la société civile sénégalaise.

Ce régime d’ordre qui promet la paix civile, au moyen d’un pouvoir qu’il veut fort et actuellement extrêmement policier, ne fait aucune confiance aux revendications démocratiques des citoyens et montre une indifférence aveugle aux aspirations des jeunes sénégalais.

Il n’y a pour lui qu’une seule chose importante, rester au pouvoir, protéger son clan et sa famille, des enquêtes et audits à venir sur sa gestion.

Dans la soudaineté de ses décisions, le cynisme sans mesure dans lequel, il les habille, il porte l’impudence à un degré qui vous abasourdit et laisse ses admirateurs Farba Ngom, Mame Mbaye Niang et les autres esbaudis.

Stefan Sweig parlant de Joseph Fouché (ministre de la Police pendant les journées révolutionnaires en France à l’époque du Directoire) : « Il marche, non avec une idée, mais avec son temps et, plus est rapide la course de celui-ci, plus sera grande la vitesse qu’il prendra pour le suivre. Ce que ses anciens amis penseront et diront de lui, l’opinion de la foule et du public, le laissent complètement indifférent. Opportuniste, il connaît l’irrésistible force de reniement qu’a la lâcheté ; il sait qu’en politique pour agir sur les masses, la hardiesse est le dénominateur décisif de tous les calculs. »

Ce portrait de Joseph Fouché par Stefan Sweig, sur lequel on peut aisément apposer la figure de Macky, s’il peut nous renseigner sur sa psychologie, ne nous dit rien en revanche sur son projet politique depuis 2012.

Finalement, nous avons élu Président un homme dont on ne savait pas grand-chose de ses intentions politiques, ni comment il s’inscrivait dans le récit national de notre pays (si d’ailleurs c’est un sujet qui l’intéresse). 

J’ai défini ce régime, comme essentiellement une aventure politique d’un groupe qui s’est lancé dans le pari de gagner les élections présidentielles de 2012 et qui a réussi.

Peut-on en déduire que par nature, dans cette situation, son seul projet est de garder le pouvoir ?

Quoi qu’il en coûte.

C’est assurément ma conviction.

Les manifestations des militants, se roulant par terre au palais de l’avenue Léopold Sédar Senghor, le clan des griots convoqués pour chanter les louanges du chef éternel, les lutteurs bandant les muscles et se disputant les millions de francs que le chef leur distribue, rien n’y a fait.

Ces pauvres élus et cadres de Benno, s’égosillant à tour de rôle sur leur pauvre sort, si jamais le chef bien aimé ne se présentait pas, ont dû se rendre à l’évidence. Cet homme envers qui ils éprouvent un amour ardent et authentique, pour qui ils sont prêts à tous les sacrifices, a une mentalité de proconsul.

Il doit être seul à décider et personne ne doit lui imposer sa décision. 

La mobilisation des citoyens, partout sur le territoire et, parmi eux ces admirables femmes du « bois sacré » en Casamance, armées de leurs chants, de leurs danses et souvent du drapeau national, proclamant leur citoyenneté, face à ceux qui s’interrogent sur leur loyauté aura contribué à faire caner le chef de ses velléités de troisième candidature à un mandat.

Mais cet homme antipathique n’a pas de passion, sauf celle de gagner pour lui-même et les siens.

Boris Diop a dit dans une fameuse interview qu’il était aussi inculte.

Ceux qui ont donc contribué à sa reculade et sa défaite doivent en payer le prix. Il faut turbuler le système, renverser la table, quitte à s’asseoir sur 60 ans d’histoire politique du pays.

Mais jusqu’où peut aller Macky Sall ?

Les images de la bagarre généralisée au siège de l’APR les chaises qui voltigent sur les têtes des militants et les candidats putatifs à la succession qui prennent leurs jambes à leur cou et laissent les pauvres gars à leur triste sort, voilà qui souligne à souhait ce qu’est ce parti et la tâche herculéenne du chef pour se choisir un successeur.

Elles illustrent aussi d’abord la pétaudière qu’est l’APR et Benno, une association de clientèle que ne réunit que l’appât du gain et les prébendes sur les deniers publics.

L’incapacité du chef à décider, le recours au dinosaure Moustapha Niass sorti de la naphtaline et le refus d’une primaire entre les candidats témoigne d’un régime qui finira comme son créateur par l’implosion « façon puzzle » comme dirait l’autre.

Il n’y a aucun signe montrant que la continuité de la gestion a été pensée, en dehors du prolongement du mandat du chef.

Parce que le bonapartisme est le régime qui cultive la volonté et la croyance qu’une poignée d’hommes menée par le génie visionnaire du chef Macky Sall en l’occurrence, peut changer le destin de cette nation et le cours de notre histoire et qu’il sera chanté par les grands griots à l’instar de Samba Gueladjo Diégui, ce prince magnifique de l’une des plus belles épopées peules.

A écouter ses thuriféraires, ce président-héros est appelé par un élément quasi-surnaturel (d’où peut être les séjours permanents à la Mecque et les retraites spirituelles mystiques régulières). Peut-être entend-t-il des voix lui susurrer qu’il a un destin exceptionnel.  

Mais à écouter que ces voix, ne voit-il pas que son destin politique est désormais derrière lui ?

Personne ne peut à ce jour prédire ce que sera la situation politique après les présidentielles de février 2024. Mais les éléments politiques dont on dispose aujourd’hui montre que si les procédures démocratiques sont respectées, le successeur désigné par Macky Sall sera laminé, qu’il ne sera même pas qualifié pour le second tour éventuel des présidentielles.

Mais l’environnement interne et à l’échelle de la sous-région en perpétuel mouvement ne nous rassure pas sur les intentions du chef.

Les pouvoirs galonnés qui nous entourent lui donneront-ils le prétexte ou l’envie de se maintenir au pouvoir ?

La logique de la tentation bonapartiste du « sauveur de la patrie » pourrait le conduire à vouloir se poser en recours pour continuer à « défendre la Nation » en invoquant une crise nationale d’envergure dont lui seul serait capable de nous sortir.

Pour les démocrates de ce pays et du monde entier qui aiment le Sénégal la lutte pour le maintien de l’idéal républicain, de l’Etat de droit, de la séparation des pouvoirs, de la souveraineté du peuple à choisir ses dirigeants, passe par le départ de Macky Sall peut être malgré lui et ses velléités, après les présidentielles de 2024.

Sénégal: d’une crise à l’autre

J’ai regardé la vidéo du député de Benno Bok Yakkar, éructant, la bave aux lèvres, index tendu vers d’autres députés, surexcité et hors de contrôle, et    appelant à prendre des cordes et des chaînes pour attacher les mains des opposants et les jeter à la mer pour nourrir les poissons. Et le tout sous le regard impavide du président de l’assemblée, dodelinant de la tête et au pire soutenant ses propos.

Je ne connais pas ce député de la majorité présidentielle qui appelle au meurtre des opposants je ne souhaite surtout pas le connaître. Ce député a ses références, les cordes et les chaînes renvoient à cette période où des négriers et des chasseurs d’esclaves écumaient les côtes d’Afrique pour alimenter ce sinistre commerce. Dans ses propos j’ai cru comprendre que si le président Macky l’ordonnait, il mettrait ses projets à exécution. Que Dieu nous garde de ces illuminés.

Un autre, triste individu, a menacé de marcher sur les cadavres des opposants au 3ème mandat de Macky.

Jeudi 1er décembre on a assisté, sidéré, à ce spectacle odieux d’un député de l’opposition, membre du PUR, giflant une de ses collègues, parce que c’est une femme et qu’elle avait, de surcroît, fait des allusions à son mentor et guide religieux lors d’une séance précédente. La politique et la religion ne font jamais bon ménage. Ce député doit être condamné pour cet acte qui nous ramène à toutes les violences que subissent quotidiennement, les femmes sénégalaises.

Désormais, ces jours-ci, les citoyens sénégalais se réveillent chaque matin, attendant les nouvelles, plus lamentables les unes que les autres, en provenance de l’Assemblée nationale, avec un sentiment immense de honte nationale. 

Qu’avons-nous fait pour mériter ça ?

J’ai toujours considéré, comme réactionnaire et relevant d’une analyse déterministe de la société, cette assertion qui dit que toute nation a le gouvernement qu’elle mérite. 

J’ai toujours préféré Alexis de Tocqueville, qui considérait que la Providence n’a créé le genre humain ni entièrement indépendant, ni tout à fait esclave.

Et autour de chaque homme disait-il, il y a certes une fatalité ou, dirions-nous aujourd’hui, des déterminismes sociaux ou de classe, mais ils sont vastes et l’homme est puissant et libre.

Ainsi, les tyrans ne sont grands que parce que les peuples sont à genoux.

Cette institution, l’Assemblée nationale, nous citoyens sénégalais, l’avons gagnée et instituée comme la représentation politique éminente de la nation. Nous avons élu ceux qui y siègent avec nos suffrages.

Mais nous ne sommes pas responsables de leurs turpitudes, de leurs bassesses.

Pas en notre nom mesdames messieurs

Nos suffrages méritent mieux.

Je pense à tous ceux qui ont bâti la réputation de cette Assemblée, dont la culture politique, l’élégance des propos et la posture républicaine rayonnaient dans ces lieux.

Lamine Guèye, Amadou Cissé Dia, Habib Thiam, Daouda Sow, Cheikh Khadre Sissoko, pour ne citer que ces éminents parlementaires, ont présidé cette assemblée et ont laissé l’héritage d’un parlementarisme sénégalais inscrit, désormais, comme un des piliers de notre République.

Cette législature a débuté sous de sombres augures, avec des législatives manipulées par le régime de Macky Sall. Ce qui n’a pas empêché qu’il boive la tasse jusqu’à la lie, une totale bérézina électorale.

Et pour la première fois dans notre démocratie, un gouvernement est sans majorité parlementaire avérée. Avec des députés élus, dont la seule consigne, reçue du président lui-même, est une posture de lutteur avec comme chef de meute le griot himself du chef. On a du mal à le comprendre, pour ceux qui croient à un Sénégal moderne affranchi de cette mentalité féodale.

Dans le spectacle offert à longueur de retransmission, mais qui devrait être interdit aux enfants, on entend fuser des insultes si grossières, qu’on doit se pincer pour croire que l’on se trouve vraiment au Parlement sénégalais, siège du pouvoir législatif, à lui confié, par nous citoyens. 

On n’est pas surpris de voir Macky Sall dérouler son programme énoncé auprès de ses militants à Kaffrine en 2015 : « je veux réduire l’opposition à sa plus simple expression. » 

Et dans une asymétrie presque parfaite, une partie des députés de l’opposition veut en découdre, marquer son territoire, pour lui montrer qu’il est minoritaire dans ce pays, même s’il faut, pour cela, transformer l’Assemblée nationale en arène.

On vitupère. On interpelle. On se marque. Il n’y a plus de nuances, le combat est frontal.

C’est le retour du refoulé, pour beaucoup, avec pour seul bagage l’injure, l’apostrophe grossière, l’invective, témoignant de l’oubli de toutes nos traditions et valeurs de tolérance, de respect de l’autre, de tempérance dans les actes, qui fondent la société sénégalaise du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest de ce pays.

On peine à saisir dans les interventions des uns et des autres, un travail de fond dans le débat d’orientation budgétaire et le vote du budget des différents ministères.

On ne débat plus, on ne cherche plus le compromis, qui est l’essence même du parlementarisme, négocier entre groupes parlementaires, dans l’intérêt de la nation.

« Le parlementarisme, c’est la garantie des citoyens, la liberté de la discussion, la liberté de la presse, la liberté individuelle, le contrôle de l’impôt, le droit de savoir ce qu’on fait de notre argent, le contrepoids de l’arbitraire (…) tout cela n’est plus… » disait Victor Hugo dans son pamphlet Napoléon le petit.

A voir notre Parlement actuel, on pourrait penser que ces phrases d’Hugo ont été écrites cette semaine après le spectacle misérable qui nous est offert tous les jours. 

J’ai le sentiment qu’on court tout droit vers une crise de régime.

Sieyès définissait ainsi le principe de la légitimité politique : « Le peuple ne peut parler et ne peut agir que par ses représentants. »

Dès lors que le président lui-même, par ses actes et ses consignes aux députés de la majorité ne leur confère aucun rôle dans la conduite des affaires de la Nation, mais plutôt les assigne à un rôle de chiens de garde, le moment va arriver où les citoyens de ce pays, au nom desquels on prend les décisions, entrent en rébellion ouverte contre les porte-parole institués.

C’est ce qu’on appelle une crise de la représentation engendrant une crise profonde de la délégation de pouvoirs, donc une crise de régime.

L’inculture politique de ceux qui gouvernent aujourd’hui, les aveugle sur leur capacité à faire le dos rond et rester aveugle devant la crise qui arrive à grands pas, multipliée par les conditions de vie de plus en plus difficiles pour la très grande majorité des citoyens sénégalais.

L’histoire politique de notre pays a connu de multiples crises.

Des crises issues de contextes électoraux comme en 1963, en 1988 et en 1993, et des manifestations et des violences qui ont parsemé la journée du 21 juin 2011 contre les tentatives de Wade de modifier le mode de scrutin et celles de janvier contre le même Wade sur le 3ème mandat.

Et si la crise et les manifestations de mars 2021 ont pris une telle ampleur c’est qu’elles se conjuguaient avec une véritable défiance vis-à-vis du pouvoir de Macky Sall, la gabegie, la corruption de son clan et la dilapidation des maigres ressources économiques par son régime avec ses marchés publics octroyés presque exclusivement aux firmes étrangères.

Alors, attention à ne pas se retrouver, à force de jouer les apprentis sorciers et à esquiver les réponses aux aspirations démocratiques et sociales de la très grande majorité de notre peuple, face à une situation qu’on n’ose imaginer.

En 1852, au début du dix-huit Brumaire de Louis Bonaparte, Karl Marx écrivait : « Hegel fait quelque part cette remarque que tous les grands événements et personnages de l’histoire se produisent pour ainsi dire deux fois, mais il a oublié d’ajouter : la première fois comme une grande tragédie, la seconde fois comme une farce sordide. »

Il appartient aux républicains de dire maintenant Stop.

Il est temps, maintenant, d’arrêter cette machine infernale qui inéluctablement risque de plonger notre pays dans les abysses.