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Au Sénégal, le pire n’est jamais sûr…

Le pire n’est jamais sûr…
Mais, on y va tout droit.
Le régime de Macky est-il si sourd et aveugle qu’il ne voit pas le niveau de détestation dont il est l’objet dans ce pays, en zone urbaine et rurale et dans toutes les couches sociales ? Une simple plongée dans le quotidien des citoyens lui aurait, pourtant, donné des indices sur le niveau de ras-le-bol observé, comme jamais dans l’histoire politique récente, à l’exception de la toute dernière période du président Wade.

Mais, on y va tout droit.

Le régime de Macky est-il si sourd et aveugle qu’il ne voit pas le niveau de détestation dont il est l’objet dans ce pays, en zone urbaine et rurale et dans toutes les couches sociales ? Une simple plongée dans le quotidien des citoyens lui aurait, pourtant, donné des indices sur le niveau de ras-le-bol observé, comme jamais dans l’histoire politique récente, à l’exception de la toute dernière période du président Wade. 

Le pouvoir est pris dans son propre piège.

Dans la stratégie du régime, pour légitimer politiquement et non en droit, le troisième mandat du président Macky SALL, la diabolisation de Ousmane Sonko était la pierre angulaire. Il était supposé être le plus mauvais candidat, celui qui trainait une réputation sulfureuse, des accointances avec les indépendantistes de Casamance, les salafistes et autres courants issus de la mouvance sénégalaise des frères musulmans des Ibadou Rahmane et des autres.

En somme, toutes tares qui devaient le disqualifier aux yeux des républicains et des citoyens attachés au contrat sénégalais (notre commun vouloir de vie commune) fait de modérations, de compromis social et de juste milieu.

Cette stratégie a ripé sur le contexte socio-économique du pays. La crise est profonde, nonobstant ce qu’en dit le régime. Pour qui sait lire entre les lignes et le langage, très diplomatique, des institutions de Bretton Woods, notre économie va droit dans le mur. Un niveau d’endettement public record à 75% du PIB qui tend à être insoutenable. Une baisse drastique des recettes fiscales par comparaison à la hausse continue de la dépense publique, surtout de la masse salariale de l’Etat (due plus aux recrutements clientélistes que pour accroître l’efficacité des ressources humaines de l’Etat).

Un niveau d’inflation de 9,7% jamais vu depuis des décennies (dixit le FMI). Les ménages sénégalais confrontés quotidiennement à la hausse des prix, aux marchés, dans les transports en commun, le savent mieux que ces experts. Ce n’est pas le millefeuille administratif inventé par le gouvernement pour baisser les loyers et la frousse que lui donne les transporteurs privés, qui vont aider à diminuer les prix de ce côté.

Mais le pire est à venir, avec la quasi-injonction du FMI pour que le gouvernement supprime les subventions sur l’électricité. La hausse de la facture de la Senelec devrait suivre bientôt. 

Et ce gouvernement gage, tous les jours, les revenus à venir du pétrole et du gaz. Et la presse aux ordres salue avec tambours et trompettes et au son des balafons, la levée presque mensuelle de fonds auprès des banques et des investisseurs afin d’assurer la trésorerie pour le fonctionnement de l’Etat.

Et pendant ce temps, les entreprises nationales courent derrière leurs factures pour être payées sur les maigres parts de marchés qu’elles arrivent à gagner. Puisque les entreprises chinoises, turques, marocaines et françaises raflent, désormais, tous les appels d’offres publics.

Ce qui reste est littéralement donné « aux amis du pouvoir » pour en enrichir quelques-uns. Voilà le tableau qui s’offre aux citoyens sénégalais. Vie chère, appauvrissement des familles, gabegies financières, corruption indécente de quelques-uns jusqu’au plus haut sommet du régime.

L’indécence de l’enrichissement accélérée du griot du président, du beau-frère, du figurant actuel au ministère du tourisme, heurte au plus profond, les masses de sénégalais qui n’en peuvent plus.

Et on voudrait leur vendre cette alternative ridicule du Moi (Macky) ou le Chaos (Sonko).  Les Sénégalais ont répondu, lors des dernières élections locales en donnant, une majorité de grandes villes et des communes des grandes zones urbaines à l’opposition (coalition Yewwi askan wi et Walu).  Et lors des législatives, en infligeant une retentissante raclée électorale à la majorité sortante de Macky Sall.

La politique du ventre selon Macky

En décembre 2012, dans un article prémonitoire paru le 04 décembre 2012 dans Sud Quotidien (à retrouver sur mon blog bfbac.com), « Un pas en avant, deux pas en arrière », je donnais mon sentiment, sur les premiers pas du régime de Macky SALL.

« Au poker, quand un joueur a la meilleure main qui soit et perd sa mise, on parle de BAD BEAT. Ce joueur est un « FISH », c’est à dire un joueur débutant, inexpérimenté qui commet des erreurs grossières et visibles. Après plus de 6 mois de fonctionnement, le gouvernement du Sénégal donne cette impression désagréable d’amateurisme, d’impréparation à la gestion de l’Etat, de pusillanimité, de pilotage à courte vue et quelque fois plus grave de reproduire ce que Wade a appris à beaucoup d’entre eux du temps de leur fameux compagnonnage.  En somme du Wade sans Wade. Et pourtant nous avons tellement attendu ce changement ! 12 ans d’un pouvoir qui a réduit à néant notre culture des règles de la bonne administration publique, de l’Etat de droit, réduite à néant au profit de coteries familiales et financières. »

Le temps m’aura donné raison au vu de la réalité de ce qu’il est devenu aujourd’hui.

Ce régime a ruiné l’Etat, fragilisé les institutions publiques, privilégiant les allégeances politiques à la compétence professionnelle et technique, dans le choix des directeurs d’administration et de sociétés nationales, explosé jusqu’à l’écœurement le nombre de ministres, de sous ministres et de conseillers estampillés ministres-conseillers. Il n’est que de voir, à la lecture du communiqué du conseils des ministres, sur la chaîne de télévision officielle, cette galerie de mines réjouies, installée devant la longue table du conseil des ministres et faussement studieuses. « Adieu veau, vache, cochon, couvée » se surprennent à reprendre cette expression de La Fontaine, certains anciens en songeant à ce qu’était un conseil des ministres du temps de L. Senghor et A Diouf. 

La litanie des scandales financiers n’en finit plus.

Sud Quotidien, dans un article récent en a fait une chronique de 2012 à ce jour : COUD, NDINGLER PETROTIM, BICTOGO, PRODAC TER, TF 1451/R…et last but not least, le Fonds Force Covid19, riche de mille milliards de FCFA sur lequel, beaucoup de ceux, que la politique des copains et des coquins a réuni, se sont bâfrés goulûment.

Puisqu’il n’y a plus de limites à l’indécence, les rapports d’audits des corps de contrôle on s’assoit dessus, la peur du gendarme a disparu, pourquoi se retenir désormais. Tous les jours, c’est à celui ou celle qui affichera le plus ostensiblement sa loyauté au chef, avec les mobilisations des populations, achetées à coup de millions de FCFA, parmi les directeurs de sociétés nationales.  

Le régime de Macky Sall a aussi, créé cette galerie de monstres, miroir exact de celle de la période de Wade, incultes, sans foi ni lois, voraces, qui ne connaît aucune limite.

Après Pape Samba Mboup, Farba Senghor, Clédor Sène et sa bande de sicaires, soutenus et financés par Samuel Sarr, nous avons aujourd’hui Farba Ngom, Mame Mbaye Niang, Mamadou Lamine Massaly et de multiples Dr de tout et de rien.

Quelle est la nature de ce régime ?

Assurément d’une aventure politique, d’une prise de risque qui a réussi.

D’un homme, victime des outrances, des brimades de son mentor, qui décide avec un petit groupe d’amis et de sa famille, de se venger. Qui découvre, chemin faisant, les circonstances aidant, notamment la fin du régime de Wade et l’exaspération des citoyens, une fenêtre d’opportunités. Et qui s’en saisit, en sollicitant des appuis et des soutiens.

Si on analyse ce moment politique, qui révèle le candidat Macky Sall, inexpérimenté, sans moyens à l’époque, ne disposant pas encore d’un appareil politique, on voit bien que c’est sa capacité politique et son audace à se saisir des circonstances (quasi-insurrection des citoyens devant la volonté de 3ème mandat de Wade et de son souhait d’installer son fils comme héritier) qui le propulse au-devant des acteurs politiques traditionnels. Sa jeunesse et les moyens qui affluent achèvent de l’installer sur le podium.

Son instinct, l’empathie que lui démontre les citoyens, face aux vexations dont il est l’objet de la part de Wade, sa résilience, l’installe en tête des candidats au 1er tour des présidentielles de 2012. Ce ne sont certainement pas son programme insipide (Yoonu Yokkuté), ses dons d’orateurs ou son « charisme ».

Au 1er tour Macky SALL a recueilli 26,58% des suffrages. C’est la dynamique politique après cette première estocade inattendue contre Wade, qui fait le reste, grâce à la discipline de vote des électeurs du parti socialiste (11,30%). Et le rassemblement de Benno Bokk Yaakar derrière sa candidature unique, crée ce formidable et surprenant maelström du 2ème tour, qui voit la victoire écrasante d’un quasi-inconnu de la scène politique nationale à 65,80% des voix exprimées.

Mais, comme tous les analystes politiques le savent, au 1er tour on choisit et au 2nd on se rassemble. C’est pourquoi Macky Sall et ses conseillers les plus avisés, le voient bien, le socle électoral du régime est très faible. Et il n’est pas arrivé jusqu’à présent à faire la bascule, même aux présidentielles de 2019 où il est élu au 1er tour avec 58% des voix.

Il n’est donc pas étonnant qu’il s’agrippe jusqu’à la dernière énergie au rassemblement avec Benno Bokk Yaakar qui lui assure une majorité électorale de fait. Mais cette quasi-rente, que le parti socialiste et les vieux caciques de l’ex-gauche communiste (PIT et PIT), assurés de continuer à bénéficier de certaines sinécures, arrive à sa fin comme un cycle politique dans le cadre d’une séquence ouverte depuis 2012.

La perte de la majorité aux législatives de 2022, clôt cette séquence qui devrait aboutir à la fin de Benno Bokk Yaakar et ouvrir un autre cycle nonobstant la querelle entretenue sur le 3ème mandat.

Au fond, quand on analyse ce régime et ses animateurs et au premier chef le Président, on se trouve face à une suite d’actes politiques, qui fait la part belle à une sorte d’éloge de l’empirisme (débrouillardises plus trivialement), qui explique l’aveuglement quand surviennent les passages difficiles. Ce régime n’a pas de récit national à offrir aux sénégalais, si ce n’est de mauvais emprunts, qu’on habille sous le nom de l’efficacité.

A preuve, chaque réalisation et chaque investissement s’inscrit dans un « hub ». Ce techno langage (en franglais pour mieux en accentuer les effets) souvent utilisé pour dissimuler les faiblesses et les lacunes des projets.

Derrière, il y a cette idée que l’utilisation des termes techniques, des acronymes et des jargons, peut créer l’illusion de la complexité et de l’expertise et empêcher une remise en question et des critiques. Sans oublier bien sûr les montants en dizaines ou centaines de milliards de CFA, que son Excellence fait ruisseler dans ce pays chaque jour que Dieu fait.

Et le mimétisme dans le discours entre autorités politiques, du Président aux ministres et sous ministres est symptomatique de l’indigence intellectuelle et doctrinale qui règne au sein de ce régime, sur la démocratie, la République, la séparation des pouvoirs, la laïcité de l’Etat, la vision de l’économie politique au Sénégal

Le projet de 3ème mandat de Macky SALL est une menace pour la République et la démocratie.

Il faudrait être sourd et aveugle, pour ne pas voir que dès les résultats des présidentielles proclamés, un dispositif a été pensé, pour mettre sur les rampes une 3ème candidature présidentielle de Macky.

Les images, presque quotidiennes de l’activisme du cercle familial proche du Président, et du clan des « katangais » qui l’entoure, court-circuitant les instances de la coalition et de l’APR aphone, la montée au front régulier du ministre de la justice défendant cette hérésie juridique du droit au 3ème mandat, tout cela ne laisse aucun doute sur la volonté d’une candidature.

C’est dire combien l’aventurisme politique constitue un danger pour la démocratie.

Ce qui est vrai du « macronisme » en France, du « trumpisme » aux USA, l’est pour le régime de Macky Sall.

De tout temps, l’aventurisme en politique s’est toujours caractérisé par l’émergence d’un leader, en opposition radicale au système en place pour se positionner en alternative. Quand on écoute les discours de Macky Sall en 2011, contre A. Wade, les appels à l’insurrection, à l’intervention de l’armée ou à aller au Palais déloger le vieux Président, on se pince, eu égard aux cris d’orfraie que la presse pro-Macky pousse devant les discours actuels de Yewwi et de O Sonko.

Pour gagner en 2012, Macky Sall avait su opposer des solutions simplistes à la complexité des réponses de Wade, pour susciter l’adhésion du plus grand nombre de sénégalais.

Il a su attiser la colère des jeunes, surtout devant la gabegie de la gestion Wade, son clientélisme, sa gestion clanique et surtout la corruption généralisée du régime. Il s’est présenté comme le seul susceptible de changer le système, de représenter les exclus et les marginalisés.

Aujourd’hui ces ressorts sont cassés, à l’épreuve de sa propre gestion depuis 12 ans.

Et tout se passe, comme si, la lecture des dynamiques politiques actuelles avec Ousmane Sonko comme figure emblématique lui renvoyait à la fois l’échec de sa gestion et les conditions réunies de sa défaite en 2024.

Ce qui explique ses dérives autoritaires, la judiciarisation du champ politique, les rafles policières des opposants, l’instrumentalisation de l’administration territoriale et de la Justice.

L’aventurisme politique qui caractérise ce régime a des conséquences très graves pour la stabilité de nos institutions, l’avenir de la démocratie et de la République.

Dans un discours enflammé en février 2023 à Pikine, sans doute grisé par la foule et la chaleur, le falot premier ministre qu’il « a donné » au pays après la bérézina des législatives, a dit que Macky Sall sera candidat en 2024 et peut être en 2029.

« Nous n’avons pas de plan B ni de plan C. Macky Sall est notre seul plan. Que ça soit 2024 ou 2029, c’est du pareil au même. C’est à conjuguer au passé. Il peut compter sur nous. Nous nous attellerons à faire tout ce qu’il souhaite. Et c’est ce message qu’attend de nous le Président Macky Sall »

L’argument est toujours le même, pour les thuriféraires du pouvoir, le Président doit finir ses chantiers.

Et comme des chantiers s’ouvriront aussi, durant un autre mandat de 5 ans en 2024, il n’y a plus de limite juridique, ni morale, à une présidence à vie.

Puisqu’il peut se présenter autant qu’il le souhaite aux suffrages des citoyens. D’ailleurs on se demande bien pourquoi ennuyer les sénégalais avec ces appels aux suffrages ?

Peut-être pourrait-on décréter Macky Sall, Président Eternel, Grand dirigeant, Soleil de la Nation ?

L’aventurisme politique s’affranchit des règles et des valeurs de la démocratie, comme le respect des libertés publiques, de manifestations, d’expression des minorités. Les seules règles admises sont celles qui lui permettent le maintien au pouvoir. Les institutions n’ont de légitimité que celle que leur confère la loyauté à la parole et aux désirs du Grand timonier.

Le régime actuel engendre un clivage puissant au sein de la société entre les citoyens et tente de recréer les violences et les crises irrédentistes en Casamance, puisqu’à chaque fois doit se jouer cette posture du Moi ou le Chaos.

L’aventurisme politique de Macky Sall entamé en 2012, menace profondément la stabilité politique de notre pays.

En 2024, les républicains et tous ceux attachés à une certaine idée de cette Nation, à ses valeurs de tolérance, de respect de l’autre, de refus de l’homme providentiel. Ceux qui pensent que la démocratie est le pire des régimes à l’exception de tous les autres (Churchill) doivent lui infliger une défaite mémorable qui découragera tous les apprentis sorciers et autres illuminés, qui veulent se servir de la démocratie, sans être convaincus de ses vertus.

Sénégal: d’une crise à l’autre

J’ai regardé la vidéo du député de Benno Bok Yakkar, éructant, la bave aux lèvres, index tendu vers d’autres députés, surexcité et hors de contrôle, et    appelant à prendre des cordes et des chaînes pour attacher les mains des opposants et les jeter à la mer pour nourrir les poissons. Et le tout sous le regard impavide du président de l’assemblée, dodelinant de la tête et au pire soutenant ses propos.

Je ne connais pas ce député de la majorité présidentielle qui appelle au meurtre des opposants je ne souhaite surtout pas le connaître. Ce député a ses références, les cordes et les chaînes renvoient à cette période où des négriers et des chasseurs d’esclaves écumaient les côtes d’Afrique pour alimenter ce sinistre commerce. Dans ses propos j’ai cru comprendre que si le président Macky l’ordonnait, il mettrait ses projets à exécution. Que Dieu nous garde de ces illuminés.

Un autre, triste individu, a menacé de marcher sur les cadavres des opposants au 3ème mandat de Macky.

Jeudi 1er décembre on a assisté, sidéré, à ce spectacle odieux d’un député de l’opposition, membre du PUR, giflant une de ses collègues, parce que c’est une femme et qu’elle avait, de surcroît, fait des allusions à son mentor et guide religieux lors d’une séance précédente. La politique et la religion ne font jamais bon ménage. Ce député doit être condamné pour cet acte qui nous ramène à toutes les violences que subissent quotidiennement, les femmes sénégalaises.

Désormais, ces jours-ci, les citoyens sénégalais se réveillent chaque matin, attendant les nouvelles, plus lamentables les unes que les autres, en provenance de l’Assemblée nationale, avec un sentiment immense de honte nationale. 

Qu’avons-nous fait pour mériter ça ?

J’ai toujours considéré, comme réactionnaire et relevant d’une analyse déterministe de la société, cette assertion qui dit que toute nation a le gouvernement qu’elle mérite. 

J’ai toujours préféré Alexis de Tocqueville, qui considérait que la Providence n’a créé le genre humain ni entièrement indépendant, ni tout à fait esclave.

Et autour de chaque homme disait-il, il y a certes une fatalité ou, dirions-nous aujourd’hui, des déterminismes sociaux ou de classe, mais ils sont vastes et l’homme est puissant et libre.

Ainsi, les tyrans ne sont grands que parce que les peuples sont à genoux.

Cette institution, l’Assemblée nationale, nous citoyens sénégalais, l’avons gagnée et instituée comme la représentation politique éminente de la nation. Nous avons élu ceux qui y siègent avec nos suffrages.

Mais nous ne sommes pas responsables de leurs turpitudes, de leurs bassesses.

Pas en notre nom mesdames messieurs

Nos suffrages méritent mieux.

Je pense à tous ceux qui ont bâti la réputation de cette Assemblée, dont la culture politique, l’élégance des propos et la posture républicaine rayonnaient dans ces lieux.

Lamine Guèye, Amadou Cissé Dia, Habib Thiam, Daouda Sow, Cheikh Khadre Sissoko, pour ne citer que ces éminents parlementaires, ont présidé cette assemblée et ont laissé l’héritage d’un parlementarisme sénégalais inscrit, désormais, comme un des piliers de notre République.

Cette législature a débuté sous de sombres augures, avec des législatives manipulées par le régime de Macky Sall. Ce qui n’a pas empêché qu’il boive la tasse jusqu’à la lie, une totale bérézina électorale.

Et pour la première fois dans notre démocratie, un gouvernement est sans majorité parlementaire avérée. Avec des députés élus, dont la seule consigne, reçue du président lui-même, est une posture de lutteur avec comme chef de meute le griot himself du chef. On a du mal à le comprendre, pour ceux qui croient à un Sénégal moderne affranchi de cette mentalité féodale.

Dans le spectacle offert à longueur de retransmission, mais qui devrait être interdit aux enfants, on entend fuser des insultes si grossières, qu’on doit se pincer pour croire que l’on se trouve vraiment au Parlement sénégalais, siège du pouvoir législatif, à lui confié, par nous citoyens. 

On n’est pas surpris de voir Macky Sall dérouler son programme énoncé auprès de ses militants à Kaffrine en 2015 : « je veux réduire l’opposition à sa plus simple expression. » 

Et dans une asymétrie presque parfaite, une partie des députés de l’opposition veut en découdre, marquer son territoire, pour lui montrer qu’il est minoritaire dans ce pays, même s’il faut, pour cela, transformer l’Assemblée nationale en arène.

On vitupère. On interpelle. On se marque. Il n’y a plus de nuances, le combat est frontal.

C’est le retour du refoulé, pour beaucoup, avec pour seul bagage l’injure, l’apostrophe grossière, l’invective, témoignant de l’oubli de toutes nos traditions et valeurs de tolérance, de respect de l’autre, de tempérance dans les actes, qui fondent la société sénégalaise du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest de ce pays.

On peine à saisir dans les interventions des uns et des autres, un travail de fond dans le débat d’orientation budgétaire et le vote du budget des différents ministères.

On ne débat plus, on ne cherche plus le compromis, qui est l’essence même du parlementarisme, négocier entre groupes parlementaires, dans l’intérêt de la nation.

« Le parlementarisme, c’est la garantie des citoyens, la liberté de la discussion, la liberté de la presse, la liberté individuelle, le contrôle de l’impôt, le droit de savoir ce qu’on fait de notre argent, le contrepoids de l’arbitraire (…) tout cela n’est plus… » disait Victor Hugo dans son pamphlet Napoléon le petit.

A voir notre Parlement actuel, on pourrait penser que ces phrases d’Hugo ont été écrites cette semaine après le spectacle misérable qui nous est offert tous les jours. 

J’ai le sentiment qu’on court tout droit vers une crise de régime.

Sieyès définissait ainsi le principe de la légitimité politique : « Le peuple ne peut parler et ne peut agir que par ses représentants. »

Dès lors que le président lui-même, par ses actes et ses consignes aux députés de la majorité ne leur confère aucun rôle dans la conduite des affaires de la Nation, mais plutôt les assigne à un rôle de chiens de garde, le moment va arriver où les citoyens de ce pays, au nom desquels on prend les décisions, entrent en rébellion ouverte contre les porte-parole institués.

C’est ce qu’on appelle une crise de la représentation engendrant une crise profonde de la délégation de pouvoirs, donc une crise de régime.

L’inculture politique de ceux qui gouvernent aujourd’hui, les aveugle sur leur capacité à faire le dos rond et rester aveugle devant la crise qui arrive à grands pas, multipliée par les conditions de vie de plus en plus difficiles pour la très grande majorité des citoyens sénégalais.

L’histoire politique de notre pays a connu de multiples crises.

Des crises issues de contextes électoraux comme en 1963, en 1988 et en 1993, et des manifestations et des violences qui ont parsemé la journée du 21 juin 2011 contre les tentatives de Wade de modifier le mode de scrutin et celles de janvier contre le même Wade sur le 3ème mandat.

Et si la crise et les manifestations de mars 2021 ont pris une telle ampleur c’est qu’elles se conjuguaient avec une véritable défiance vis-à-vis du pouvoir de Macky Sall, la gabegie, la corruption de son clan et la dilapidation des maigres ressources économiques par son régime avec ses marchés publics octroyés presque exclusivement aux firmes étrangères.

Alors, attention à ne pas se retrouver, à force de jouer les apprentis sorciers et à esquiver les réponses aux aspirations démocratiques et sociales de la très grande majorité de notre peuple, face à une situation qu’on n’ose imaginer.

En 1852, au début du dix-huit Brumaire de Louis Bonaparte, Karl Marx écrivait : « Hegel fait quelque part cette remarque que tous les grands événements et personnages de l’histoire se produisent pour ainsi dire deux fois, mais il a oublié d’ajouter : la première fois comme une grande tragédie, la seconde fois comme une farce sordide. »

Il appartient aux républicains de dire maintenant Stop.

Il est temps, maintenant, d’arrêter cette machine infernale qui inéluctablement risque de plonger notre pays dans les abysses.

Sénégal: laïcité/sécularisme

Le post sur Facebook de Mary Teuw Niane du 14 septembre 2022 : « la laïcité, un tabou étranger à notre culture » me donne l’occasion de revenir sur un sujet qui est un nœud gordien pour l’évolution de la République. Qu’est-ce qu’un citoyen ? Quel sens donner au pacte social, ou pour reprendre la magnifique expression senghorienne, « notre commun vouloir de vie commune. »

Mais avant, il est nécessaire de clarifier le débat et cerner ses enjeux.  

1. La laïcité à la française 

La première définition formelle de la laïcité fut exprimée, en 1881, par Ferdinand Buisson, philosophe, homme politique et cofondateur de la ligue des droits de l’homme en 1898. Il considère la laïcité comme le résultat d’un processus historique au cours duquel la sphère publique s’est affranchie du pouvoir de la religion. Il en résulte l’État laïque, neutre à l’égard de tous les cultes, indépendant de tous les clergés, pour réaliser l’égalité de tous les citoyens devant la loi, avec des droits assurés en dehors de toute condition religieuse et la liberté de tous les cultes.

Cette spécificité française trouve sa traduction dans la loi dite de séparation de l’église et de l’Etat de 1905. Les historiens sont tous d’accord aujourd’hui pour démontrer qu’il y a plusieurs modèles qui se sont affrontés lors des débats parlementaires de l’époque. Cependant dans le cadre de cette analyse, je retiendrai le modèle majoritaire porté par Aristide Briand et Jean Jaurès. Jean Baubérot le définit ainsi : « La loi non seulement assure la liberté de conscience et le libre exercice des cultes (article 1) mais respecte l’organisation de chaque religion (article 4), même si aucune religion n’est désormais « reconnue » ni financée sur fonds publics (article 2).

La laïcité ainsi définie par la loi autour de la liberté de conscience, comporte une dimension qui déborde l’aspect strictement individuel. Avec l’instauration d’aumôneries sur fonds publics (fin de l’article 2), avec la dévolution gracieuse des édifices du culte, propriété publique, aux associations cultuelles et diocésaines (articles 7 à 17), avec la construction, dès les années 1920, de la Grande Mosquée de Paris, la loi de 1905 et son application ultérieure ont fait que, dans certains cas, l’exercice de la liberté de conscience comme « liberté de culte », garantie par l’article 1 de la loi de 1905, doit l’emporter sur l’absence de subvention. C’est la position constante du Conseil d’État en France, et d’associations comme la Ligue de l’enseignement ou la Ligue des droits de l’homme qui a aussi permis enfin, durant les années 2000 la construction de carrés musulmans dans beaucoup de cimetières et de centaines de mosquées dans plusieurs villes de France.

Pour les sociologues des religions, la laïcité française ne constitue pas une exception, mais s’inscrit dans la même dynamique historique que les différents sécularismes qui ont traversé l’histoire mondiale.

Enfin, Mary Teuw ne comprend pas le concordat en Alsace-Moselle : « en France même, le principe de la laïcité n’est pas universel. » En fait ce dont il s’agit, c’est du statut spécifique des trois départements d’Alsace-Moselle, qui n’étaient pas français de la fin de la guerre de 1870-1871 à 1919 (après la Première Guerre mondiale). Les lois de laïcisation de l’école publique et la loi de 1905 ne leur ont donc pas été appliquées quand elles ont été votées.  Ces trois départements ont globalement, conservé le régime issu de la loi Falloux de 1850 (pour l’école publique) et le régime du Concordat et des Articles organiques (1802) qui induit un financement des « cultes reconnus » et le paiement de leur clergé sur fonds publics. Quand ces départements sont redevenus français leur régime spécifique a été maintenu « à titre provisoire ». Non seulement ce « provisoire » dure encore, mais le Conseil constitutionnel a rendu une décision selon laquelle un tel statut juridique est conforme à la laïcité de la République énoncée par la Constitution.

2. Définition et historique du concept de sécularisme

Le terme sécularisme est un anglicisme. Il s’agit d’une doctrine selon laquelle la religion ne doit pas avoir, ni chercher à avoir de pouvoir politique ou législatif.

Elle prône la séparation de l’Eglise et de l’Etat et affirme en corollaire que le pouvoir politique ne doit pas intervenir dans les affaires propres aux institutions religieuses.

Le sécularisme désigne une tendance objective et universelle à faire passer les valeurs sociales du domaine du sacré à celui du profane.

On peut le penser comme l’exigence de la séparation des institutions séculières du gouvernement et de la religion, mais il ne s’y réduit pas.

Il renvoie à la désacralisation de l’organisation sociale perçue non pas comme une donnée naturelle exigeant l’adhésion automatique aux valeurs établies, mais plutôt comme un produit de l’histoire des politiques humaines.

a.    Sécularisme et sécularisation en Europe

Le processus historique de sécularisation est d’abord apparu sous la chrétienté médiévale ou dans les empires islamiques et sans aucun doute dans d’autres sociétés également.

L’art, le droit, ou la politique conquièrent au fil du temps leur autonomie à l’égard d’une pensée religieuse qui les avait d’abord fondés.

La séparation est acquise entre les différents segments de la vie sociale. La religion n’est plus que l’un d’entre eux et non celui qui donnait sens à tous. Elle se manifeste dans l’émergence d’aspirations, d’attitudes et de comportements nouveaux.

Dans beaucoup de pays de culture catholique la logique fut celle de la laïcisation. La religion s’est trouvée reléguée dans la sphère privée.

En pays protestant, l’émancipation de la religion s’est opérée selon une logique de sécularisation, moins conflictuelle. Dans ce cadre, les activités publiques exercées par des groupes religieux sont reconnues juridiquement, y compris leur contribution à l’éducation citoyenne (par des cours de religion dans les écoles publiques, par exemple).

La construction européenne favorise également la diffusion du principe de la dissociation croissante de la confession religieuse du domaine public et son intégration croissante dans la sphère privée.

Et la Convention Européenne des Droits de l’Homme de novembre 1950 (article 9) a consacré les principes de tolérance et de liberté religieuse.

b.    Sécularisme dans le reste du monde

Dans certaines sociétés de culture musulmane contemporaine, la séparation entre le processus de sécularisation et celui de laïcisation est mieux affirmée, et cela pour deux raisons.

La première est que le combat pour la modernité fut essentiellement un combat contre la domination coloniale et non contre un ennemi intérieur (le clergé catholique en France par exemple).

L’aspiration à l’émancipation du joug colonial imposait la nécessité de maintenir des contradictions provoquées par le processus de modernisation sociale. La religion en sortit à la fois renforcée et rénovée par l’addition d’une dimension identitaire.

La seconde est que l’appel aux réformes et à la modernisation est venu, souvent, des élites religieuses, qui sont les alliées privilégiées des acteurs politiques majeurs. Ces derniers comptent sur elles non seulement pour neutraliser les courants conservateurs religieux (sous le masque du réformisme souvent et contre les confréries), mais également pour ses politiques. Les relations entre Léopold Sédar Senghor, ses compagnons et les différentes personnalités religieuses dans les périodes pré et post indépendance s’inscrivent dans ce contexte.

On peut parler d’un « islam républicain » en écoutant cette vidéo témoignage avec cet interview à la télévision française de Serigne Fallou Mbacké sur ses rapports avec le président Senghor.

La description que donne Serigne Fallou Mbacké de ces relations, correspond exactement à ce que l’on désigne sous le concept de sécularisme. La religion ne doit pas s’occuper de politique et la politique ne doit pas s’occuper de religion.

Dans le cas de la fin de l’empire ottoman et de la proclamation de la République turque, Jean François Bayart, politologue (in Islam républicain. Fayard) montre que l’islam est le « fil caché » qui relie les deux systèmes. Contrairement à l’idée reçue selon laquelle Mustafa Kemal Atatürk a cherché à dépecer les institutions de leur manteau islamique, les « Jeunes Ottomans » se sont en fait inscrits dans une longue durée où l’islam a servi de fondement – certes pas le seul – pour bâtir la République turque. Les musulmans ont fini par endosser la République et les sécularistes se sont faits à son visage islamique

On le voit donc, l’histoire mondiale est traversée par ces deux processus, le sécularisme et la laïcité qui indiquent deux conceptions du rapport entre le religieux et le politique.

En Occident, le processus de séparation entre les deux sphères s’inscrit sur la longue durée, sur les autres continents le phénomène est moins visible et prend d’autres formes qui épousent l’histoire sociale de chaque pays.

En Inde par exemple où le sécularisme s’est le mieux épanoui, toutes les religions sont présentes dans la sphère publique. Le résultat est le même qu’en Occident dans la mesure où les croyances se valaient toutes du point de vue de l’Etat indien, encore récemment jusqu’à l’arrivée au pouvoir de l’extrême droite hindoue avec le BJP de Narendra Modi. 

Le sécularisme indien s’inscrivait dans une longue tradition de multiculturalisme et de tolérance religieuse qui commence avec l’empereur bouddhiste Ashoka, qui a régné au IIIe siècle avant notre ère.

Mais ce passé seul, ne suffit pas pour maintenir cette tradition de tolérance, car sans les hommes comme Gandhi et Nehru pour le traduire en termes politiques et institutionnels, il n’y aurait pas de sécularisme à l’indienne aujourd’hui. Gandhi se battait pour la reconnaissance du religieux sur un mode collectif dans l’Inde nouvelle alors que, pour Nehru l’appartenance religieuse devait finir par passer au second plan, sinon s’effacer derrière des identités individuelles.

A l’exemple de l’Inde, le sécularisme a été un formidable facteur de cohésion sociale dans beaucoup d’Etats, de pays de culture musulmane dans le monde. Il a permis de transcender les clivages confessionnels. On était citoyen d’abord, locuteur de telle ou telle langue, et puis éventuellement animiste, hindou, musulman, bouddhiste ou chrétien. Le sécularisme a permis sinon de gommer totalement, au moins d’amoindrir les différences liées à l’appartenance religieuse des citoyens.

3. La laïcité comme concept constitutionnel au Sénégal

Mary Teuw Niane expose un peu plus clairement, pour une fois, une opinion jusque-là dominante, y compris au début de notre Etat-nation, chez les « réformateurs musulmans » (critiques des rapports confréries et autorités publiques, souvent issus des mouvances wahabites) dans les années pré et post indépendance.

Cette conception repose sur le refus de la séparation de la religion et de l’Etat ou plutôt de sa neutralité face aux confréries et au clergé catholique et prône la contribution des religions à l’éducation des enfants (enseignement public des religions et financements des écoles coraniques). C’est ce que propose Mary Teuw Niang dans cette critique de la laïcité au Sénégal : « L’inscription du principe de la laïcité dans la Constitution de notre pays est … surtout le moyen invisible de couper le cordon ombilical des religions avec notre société. Ceci malgré le fait que la religion joue un rôle fondamental dans la formation de notre jeunesse et la construction de sa personnalité. »

Au-delà de l’éducation, on comprend que ce qui est en jeu c’est la question des sources (religieuses ou profanes) de notre Droit et de la Constitution, comme Loi Suprême.

Dans sa comparaison avec les pays européens il cite : « sur les vingt-sept (27) pays de l’Union Européenne (UE), la France est le seul pays qui a inscrit le principe de la laïcité dans sa constitution. Le principe de la séparation des Églises et de l’État n’est inscrit que dans la constitution de huit (8) pays au niveau de l’Union Européenne : Hongrie, Lettonie, Portugal, Tchéquie, Slovaquie, Slovénie, Suède et France. »

Mary Teuw montre une incompréhension de l’historicité des rapports entre autorités ecclésiastiques et Etats dans les exemples européens cités. La tradition gallicane de certains Etats européens a toujours reposé sur l’ambition de garder la haute main sur les églises, avec une volonté farouche de les maintenir à l’écart du pouvoir du Pape. Cette tradition qui a commencé en France et a abouti à la séparation par la loi de 1905, a concerné toute l’Europe. En Grande Bretagne, ce processus, après la rupture de l’église catholique d’Angleterre avec Rome consacre l’église anglicane sous l’autorité de la royauté.  

Une autre tradition européenne est incarnée par les Etats du Nord de l’Europe, scandinaves et anglosaxons protestants pour qui les principes de laïcité et de séparation de l’Eglise et de l’Etat sont constitutifs du fonctionnement de l’Etat. Car le protestantisme est avant tout un système de conduite autonome de la personne. Dieu et le monde sont dans des galaxies séparées et entre les deux, le fidèle organise lui-même une relation de compromis. C’est ne rien comprendre à l’éthique protestante pour reprendre l’expression de Max Weber, que d’assimiler ces situations léguées par l’histoire de chacune de ces nations.

Les bâtisseurs de la République, de Senghor à Mamadou Dia tous profondément croyants, au moment de poser les fondements d’un Etat moderne, n’ont pas regardé du côté des Etats dont l’inspiration constitutionnelle était les textes sacrés comme certaines républiques ou monarchies islamiques en Afrique et au Moyen Orient, mais plutôt des Etats séculiers modernes en Europe, en Asie et en Amérique.

L’histoire leur a donné raison au regard de l’évolution de ces Etats durant les périodes pré et post indépendance par rapport à ceux qui n’ont pas opté très clairement pour une séparation entre la religion et la gestion des affaires publiques. Les guerres civiles, les conflits de nationalité, les poussées des hordes de fanatiques djihadistes actuelles témoignent du danger de l’ambigüité ou de l’absence de choix clairs sur le modèle de l’Etat.

J’ai toujours pensé que la laïcité de l’Etat au Sénégal, constituait un impensé chez les pères fondateurs de notre République.

Ce parti pris, que je soupçonne, délibéré de leur part, résulte pour moi, de l’appréhension de l’ampleur du combat pour la dissolution du système colonial raciste et de l’indigénat. Et par ailleurs, du temps qu’il leur fallait pour construire et mettre en œuvre les concepts de citoyenneté sénégalaise et africaine

Il n’est que de lire les débats qui, à partir de 1948, traversent les rangs des bâtisseurs de l’Etat-nation à travers les journaux « Condition Humaine » et « l’Unité » ensuite organe du BDS et du BPS sur la fin de l’empire colonial français et l’AOF pour le mesurer. 

Comment rompre avec cet oxymore du projet colonial de la constitution française de 1958 d’assimilation/égalité ?

Avec le recul historique on peut se représenter ces hommes et femmes d’Etat, face à cette question existentielle de fonder un Etat moderne, sur un territoire dont l’Etat français depuis deux siècles s’est évertué à éradiquer toutes les représentations institutionnelles précoloniales.

Mais les formations sociales sur le territoire du nouvel Etat gardent néanmoins la mémoire et les traditions de système d’inégalité et de domination et de système d’ordre, pour reprendre les concepts de A. Bara Diop dans son anthropologie de la société wolof.  

Comment assurer l’unité politique des diverses formations sociales et populations vivant sur ce territoire par un Etat dont les structures intrinsèques résultent d’un héritage de domination de deux siècles et par exemple quel rôle pour les autorités coutumières, chefs de canton, chefs de village, cadis ?

Le projet politique que portent ces bâtisseurs et fondateurs (de Blaise Diagne à Galandou Diouf, en passant par Lamine Guèye, Mamadou Dia, et tous leurs compagnons militants, syndicalistes), depuis toujours est de construire un Etat républicain pour fonder une nation de citoyens sénégalais.

Mary Teuw Niane dans son post polémique dit : « Dans nos tropiques africains francophones, la laïcité est la plus grande arnaque politique, sociale et culturelle que les pères fondateurs de notre constitution nous ont léguée. »

C’est faire injure à ces pères fondateurs qui auront arpenté, visité chaque ville, village, canton du Sénégal, discuté avec les autorités coutumières, confrériques de ne pas avoir réfléchi sur ce qui devait définir les citoyens de ce pays. Et surtout de ne pas avoir une idée précise sur la nature de la nation qu’ils avaient l’ambition de construire, malgré des appartenances religieuses, confrériques, linguistiques différentes, des modes de vie, d’habiter, des systèmes fonciers et de modes de production extrêmement variés. 

Je relisais récemment la belle biographie d’Ibrahima Seydou Ndaw, parue chez l’harmatan en 2013, et l’autobiographie de Assane Seck « Sénégal, émergence d’une démocratie moderne » pour soupeser le degré de tension intellectuelle, les débats et le combat politique dans lesquels ils étaient tous plongés à cette époque. 

Le concept de laïcité pour définir la nature de la république tranche, pour moi, le clivage interne au sein des fondateurs à propos de la notion de liberté comme principe fondateur de ce qu’est un citoyen sénégalais. La mention « démocratique et sociale » résulte d’un compromis entre les différents courants.

Senghor et ses compagnons distinguaient parfaitement ce que les historiens actuels nomment les sécularismes, pour distinguer entre la laïcité à la française et les autres formes, mais qui reposent tous sur la liberté de conscience, la citoyenneté sans fondement religieux et la séparation de l’État et de la religion.

4. Application du principe laïque au Sénégal ou le sécularisme sénégalais

La constitution de 2001 révisée en 2016, mentionne dans son préambule: la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789, les accords et règlements des nations unies et de l’union africaine (Déclaration Universelle des Droits de l’Homme du 10 décembre 1948, la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes du 18 décembre 1979, la Convention relative aux Droits de l’Enfant du 20 novembre 1989 et la Charte africaine des Droits de l’Homme et des Peuples du 27 juin 1981. ) 

L’article 1, alinéa premier de la constitution de la République proclame : « la République du Sénégal est laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens, sans distinction d’origine, de race, de sexe, de religion. Elle respecte toutes les croyances.

Dans un article, paru dans Ethiopiques n°22-1980, le recteur Seydou Madani Sy dit de la constitution de 1963 révisée (dernière révision lors de la rédaction de cette analyse le 24 avril 1981) : « l’idéologie laïque qui sous-tend la Constitution du Sénégal n’est pas une idéologie de combat, puisqu’il n’y a pas, comme en France à l’origine par exemple, une hostilité aux Eglises et à l’Islam. La laïcité mise en œuvre se rattache à l’idéologie laïque qui déclare l’incompétence de l’Etat à l’égard de ce qui excède le gouvernement du temporel, impliquant le refus de proposer, ou même de cautionner une explication de l’homme et du monde. Mais c’est un Etat qui, à l’égard de toutes les options, professe a priori la même attitude d’impartialité. »

On peut définir la laïcité sénégalaise comme une laïcité compréhensive.

Mieux, contrairement à ce que laisse entendre Mary Teuw Niane, dans la nouvelle constitution de 2001, révisée par référendum en mars 2016, plusieurs articles s’inscrivent dans cette logique de laïcité positive et compréhensive à rebours de la conception française.

  • L’article 4 qui traite des partis politiques, interdit l’identification à une race, à une ethnie, à un sexe, à une religion, à une secte, à une langue ou à une partie du territoire.
  • L’Article 5 interdit tout acte de discrimination raciale, ethnique ou religieuse.
  • L’article 8 proclame que la république du Sénégal garantit à tous les citoyens les libertés individuelles fondamentales… dont les libertés religieuses.
  • Les articles 20 et 22 qui consacrent le droit à l’éducation de tous les enfants et le devoir des parents, demandent que l’Etat veille à l’exercice de ce droit. Et plus encore, et à croire que Mary Teuw tout ministre qu’il fut, n’a pas lu la Constitution, l’Etat sénégalais reconnaît la contribution des institutions religieuses à l’éducation des enfants. Les institutions et les communautés religieuses ou non religieuses sont également reconnues comme moyens d’éducation.
  • Et enfin l’article 24 consacre la place de la religion dans l’espace public comme jamais : « la liberté de conscience, les libertés et les pratiques religieuses ou cultuelles, la profession d’éducateur religieux sont garanties à tous, sous réserve de l’ordre public. Les institutions et les communautés religieuses ont le droit de se développer sans entrave. Elles sont dégagées de la tutelle de l’Etat. Elles règlent et administrent leurs affaires d’une manière autonome. »

Je partage cet avis du recteur Thierno Madany Sy dans son analyse de l’application du concept de laïcité au Sénégal : « la neutralité religieuse de l’Etat s’interprète comme donnant libre cours au développement sans entraves des Institutions et Communautés religieuses. » 

En effet, à l’analyse, on distingue très clairement les différences majeures entre la laïcité à la française et la version du principe laïque choisie dans notre pays. Non seulement l’Etat sénégalais n’ignore pas les religions, mais entretient des relations normales et très étroites avec les Confréries musulmanes et le clergé catholique, y compris à travers le programme d’investissements annuel dans les cités religieuses et inscrits dans la programmation budgétaire annuelle de l’Etat.

Et en fonctionnement, les subventions aux écoles privées catholiques constituent une part importante des financements de l’éducation. Les écoles privées catholiques, comme les autres non confessionnelles, sont considérées comme membres à part entière du service public de l’Education.

Il faudrait être sourd et aveugle, pour ne pas saisir la part extrêmement importante que prennent, dans les programmes des radios et télévisions, les cérémonies et autres manifestations religieuses.

Et lors des différentes commémorations religieuses (confrériques et catholique) l’Etat en grand apparat et de façon solennelle est présent.

En conclusion, il me semble que la question qui est au cœur des agitations et des polémiques sur la laïcité au Sénégal, est celle de la nature de notre Etat-nation, celle que ses bâtisseurs nous ont léguée. C’est celle de notre récit national.  Quelle narration notre nation renvoie-t-elle aux citoyens que nous sommes ? Quelles sont ses valeurs essentielles à transmettre ?

En 1959, Senghor (Nation et voie africaine du socialisme. Présence africaine) en donnait un aperçu : « la Patrie, c’est le pays sérère, le pays malinké, le pays sonrhaï, le mossi, le baoulé, le fon. […] Loin de renier les réalités de la patrie, la Nation s’y appuiera, plus précisément elle s’appuiera sur leurs vertus, leur caractère de réalités, partant sur leur force émotionnelle. […] Au terme de sa réalisation, la Nation fait, de provinces différentes, un ensemble harmonieux. […]  Nous prendrons garde à ne pas tomber dans l’une des tentations de l’État-nation, qui est l’uniformisation des personnes à travers les patries »

Je pense que la laïcité ou le sécularisme de la République permet le déploiement d’une histoire nationale pleinement africaine qui s’appuie sur la diversité de notre peuple, de ses terroirs, de ses langues et des valeurs qu’elles véhiculent. En somme, accepter de continuer à s’enrichir de « l’humanisme soudanais » pour reprendre l’expression de l’historien Sékéné Mody Sissokho.

Le Brésil est de retour

Instantanés.

Leçons du Brésil

L’élection de Lula, confirmée par le tribunal électoral est une formidable nouvelle pour le Brésil d’abord, bien sûr, mais aussi un espoir pour tous ceux qui pensent que la République est le meilleur des régimes et le suffrage universel, un homme ou une femme, une voix le seul moyen d’y parvenir.

La vraie question à se poser est celle de savoir, comment l’extrême droite a pu récolter autant de voix, après les milliers de morts du Covid qu’a entrainé sa politique criminelle de déni, de la violence armée contre les pauvres et du massacre des forêts en Amazonie.

Le Parti des Travailleurs, né au début des années 80, salué par la gauche internationaliste comme les premiers pas du réveil des classes laborieuses brésiliennes, longtemps à l’écart des mobilisations populaires en Amérique latine, a fait basculer les rapports de force politique sur ce continent et ailleurs.

Mais la gestion luliste au pouvoir deux mandats durant, suivis des deux mandats (dont le dernier interrompu par une procédure de destitution) de Dilma Roussef, a été erratique, émaillée de scandales de corruption et de compromissions avec la droite réactionnaire. Malgré d’indéniables progrès sociaux dont cet énorme chiffre de 40 millions de brésiliens sortis de la pauvreté, grâce à la création massive d’emplois et la mise en place des bourses familiales (bolsa familia) et des avancées démocratiques réelles.

Ce sont ces dérives qui ont détourné l’électorat populaire de la coalition de gauche, et par ricochet l’ont jeté dans les bras du populisme d’extrême droite, couvé par les armées d’évangélistes « fous de Dieu ».

Les leçons du retour de Lula au pouvoir pour les républicains et les militants de gauche, ce sont les politiques résolues de lutte contre les inégalités économiques comme composantes centrales d’un projet de république sociale. Ce sont aussi, la gestion sobre et altruiste des débuts de mandat de Lula, la démocratie participative associant les populations aux décisions majeures les concernant.

Bref en revenir à ce qui en faisait la force du candidat Lula pour toute la gauche : « Brésil le pays de tous, ou un pays pour tous ».

« Votre fatwa ne s’appliquera jamais ici ».

Wole Soyinka devait se rendre à Nairobi – au moment même où avait lieu l’attaque du centre commercial Westgate – pour un festival de littérature. L’un de ses amis qui, y a assisté, est mort.
Le Prix Nobel nigérian lui rend un hommage poignant dans cette tribune contre le terrorisme. Le Pr Wole Soyinka est lauréat du prix Nobel de littérature 1986. Il a prononcé cet hommage lors d’une conférence réunissant des écrivains nigérians à Lagos.

Sources: Premium Times (Abuja 4 novembre 2013)

Jamais, depuis l’apartheid, notre humanité n’a subi de telles pressions et n’a eu à relever des défis aussi intenses et persistants. L’histoire se répète. Encore une fois, une minorité d’assassins se prétend supérieure à tous les autres, s’arroge le pouvoir de dicter aux autres, son mode de vie, décide qui pourra vivre et qui devra mourir, ou qui fera la loi et qui devra s’y soumettre. L’islam, la religion dans laquelle [les terroristes] se drapent, n’est qu’une couverture. 
Le vrai problème réside, comme toujours, dans le pouvoir et la soumission, avec ici comme instrument le terrorisme. Regardons avec objectivité la vraie nature de la domination qu’ils cherchent à nous imposer, nous qui vivons prétendument dans des “lieux de vice et de débauche, d’impureté et de décadence”. Nul besoin de chercher très loin. Leurs modèles se trouvent tout près de nous. Dans une Somalie chaudement disputée. Dans un Mali récemment libéré. Par intermittence, en Mauritanie. Dans une Algérie enchaînée pendant des années de troubles, elle qui tente encore de restaurer une fragile entreprise de laïcisation. Leur modèle consiste donc à instaurer l’exclusion. Mais aussi l’irrationalité et les restrictions dans la vie quotidienne. Le mépris de la culture et du pluralisme. L’établissement d’un apartheid sexiste. La diabolisation de la différence. C’est le règne de la peur. 
Infidèles 
Nous avons remporté une victoire en abolissant l’apartheid, afin que la race ne soit plus un critère de citoyenneté. Réaffirmons notre refus, sur notre continent, que la religion soit établie comme une seconde nature humaine, indiquée sur nos documents d’identité, et de laquelle déprendrait notre nationalité, mais également le droit même d’exister sur la planète. 
J’ai envie de croire que nous étions tous présents à Nairobi*. Dans un rassemblement de l’humanité, nous étions présents aux côtés de toutes les victimes mutilées et décédées. Nous étions aux côtés de Kofi Awoonor [poète ghanéen, ami de Soyinka, mort dans l’attentat du centre commercial Westgate], l’un des plus distingués d’entre nous, l’un des meilleurs écrivains africains à nous représenter à l’étranger. Nous étions présents au Mali avant même que ce pays ne s’unisse pour repousser la vague d’atavisme religieux et la régression humaine qu’il entraîne. Nous étions aux côtés des étudiants de Kaduna, des victimes de l’Etat du Plateau [cet Etat, avec sa capitale, Jos, située à la lisière du Nord musulman et du Sud chrétien, a connu des affrontements qui ont coûté la vie à près d’un millier de personnes en deux jours seulement, en novembre 2011], de Borno [Etat musulman du nord du pays], des écoliers de Yobe, des conducteurs d’okadas (moto-taxis) et des petits marchands de Kano [mégalopole du nord], aux côtés de tous ceux qui ont été systématiquement massacrés depuis tant d’années [tous ont été le théâtre d’attentats perpétré par le groupe islamiste Boko Haram au Nigéria]. 
Les victimes du centre commercial de Nairobi ont été soumises au même test diabolique que celui administré aux élèves de Kano [fin septembre, une quarantaine d’étudiants ont été assassinés au nord du Nigéria] : ceux qui ne réussissaient pas à réciter le verset demandé du Coran étaient considérés comme des infidèles, et emmenés pour se faire égorger méthodiquement. 
Nous, écrivains, avons été présents dans les épreuves traversées par l’Algérie, consignées pour la postérité par Karima Bennoune dans son livre Your Fatwa Does Not Apply Here (« Votre fatwa ne s’applique pas ici” ; pas traduit en français). Nous étions aux côtés de Tahar Djaout, auteur du Dernier Eté de la raison (éd. du Seuil, Paris, 1999), lui aussi assassiné par des fanatiques religieux. Nous sommes de simples survivants qui ne cessons de demander : quand tout cela s’arrêtera ? Comment tout cela se terminera ? Ceux qui font écho à Karima et à cette miraculeuse survivante qu’est Malala [cette jeune Pakistanaise défend le droit des filles à l’éducation], tous clament ensemble : non, votre fatwa ne s’appliquera jamais ici. 
Nous continuons à demeurer auprès de tous ceux qui sont tombés, auprès de vos victimes du fléau de votre sectarisme, de votre solipsisme [théorie pour laquelle il n’y aurait pour le sujet pensant d’autre réalité que la sienne] religieux et de votre spiritualité toxique. Nous continuerons à rester à leurs côtés, à dénoncer et à condamner. Nous nous sommes rangés dans le camp de l’humanité, face à ceux qui s’opposent à elle. 

Nous pleurons Kofi Awoonor, notre collègue, notre frère, mais avant tout nous dénonçons ses assassins, cette virulente sous-espèce humaine qui se lave les mains dans le sang des innocents. 
Scalp 
Seuls les lâches tournent leurs armes meurtrières contre ceux qui sont désarmés, seuls les pervers glorifient cet acte ou le justifient. Les vrais combattants ne mènent pas la guerre contre des innocents. On ne peut que qualifier d’obscène la profanation de la vie humaine. Elle est sacrée. 
Nous lançons cet appel à ceux qui veulent instaurer la fatwa, avec tout le poids moral qui s’y attache, à ceux qui violent le droit à la vie. La vie est un don de Dieu, y porter atteinte est un sacrilège. Ils ont ajouté le scalp de notre collègue à leur collection, un intellectuel exceptionnel qu’un million d’êtres de leur espèce ne pourront jamais remplacer. 
Nous saluons le courage et les sacrifices des soldats qui se battent pour que ces intrus – Al-Qaida et autres –, avec leurs arrogants desseins, ne puissent anéantir les libertés et la tolérance. Elles sont notre identité dans la région, et sur le continent tout entier. Nous ne devons jamais nous dérober pour reconnaître cette cruelle réalité. 
Aujourd’hui, j’exhorte toutes les forces du progrès à reconquérir l’Afrique ! A la sauver des mains de ces forces obscures qui cherchent à instaurer un nouveau régime de despotisme religieux, de cruauté comme nos peuples n’en ont jamais connu, même sous le joug du colonialisme européen. Ces bouchers continuent à évoquer l’islam, aussi nous en appelons à nos confrères et consœurs [musulmans] : reprenez votre islam. Reprenez cet islam qui se réclame d’une culture du savoir, honore ses fidèles comme le “peuple du Livre”, un islam de partisans historiques des vertus de l’intelligence et de ses produits. Ce que la tragédie de Nairobi nous apprend, c’est qu’il n’existe aucun endroit appelé “Ailleurs”. L’ailleurs est ici, parmi nous, dans le présent. Je vous invite donc à remplir cette mission : reconquérir l’islam, reconquérir notre continent et, ainsi, reconquérir notre humanité.

Charlie or not Charlie.

OUI IL FALLAIT MARCHER LE 11 MARS A PARIS

Publié le 19 janvier 2015 (Enquête plus quotidien)

Le président Macky SALL a eu raison de marcher le dimanche 11 mars à Paris. 

Comme nous tous, des centaines, ou peut-être des milliers de sénégalais d’origine à travers toute la France.

A Paris, nous avons marché de la colonne de la République à Nation. 

Le président Macky ne l’a certainement pas vu, mais sur la colonne avec la statue représentant Marianne, un jeune homme d’origine sénégalaise agitait un drapeau aux couleurs de notre pays. 

Quelle fierté, pour ceux qui, comme moi débouchant de la rue Turbigo à l’angle de la rue du Temple voyait ce drapeau à bandes verte, or, rouge, verticales et égales et une étoile verte à cinq branches sur la bande jaune, parmi les dizaines d’autres portés par des jeunes de toutes origines et de toutes les couleurs.

Il s’est passé ce jour-là, ce qui se passe quand des milliers, des millions de personnes se mettent en marche sur une simple idée, défendre l’essentiel, au fond notre qualité de citoyen, consubstantiel à notre LIBERTE absolue de penser et d’agir.

Pour ceux qui connaissent Paris, ce monument inauguré le 14 juillet 1883 est entouré de trois statues en pierre chacune représentant l’allégorie de la devise française de la Liberté, Egalité, Fraternité.

Toutes les manifestations républicaines dans Paris, finissent ou partent de cette place ou de la Bastille.

Oui, nous y étions et nous étions nombreux, les Sénégalais de France, ou d’ailleurs en Europe fiers de défiler et de manifester pour cette cause qui dépasse nos propres personnes, celle de la LIBERTE.

Le 11 janvier dans les rues de Paris, de quoi était-il question ?

Pas une seule banderole, contre l’Islam, le christianisme, le judaïsme. 

Pas une banderole xénophobe ou d’extrême droite, réclamant le départ des musulmans de France. Mais des banderoles, disant simplement : je suis Charlie, je suis musulman, je suis juif, je suis noir…  Il n’était pas question de foi, de religion, mais de LIBERTE.

Et notre foi, de toute façon plus forte qu’un dessin, une caricature. La foi de ceux qui sont offusqués par une caricature doit d’ailleurs être bien fragile, pour se sentir ébranlée par ces quelques pages éphémères.

La laïcité nous permet de vivre notre foi et notre religion, l’Islam en l’occurrence ici dans ce pays qui dans son histoire, a pendu des prêtres, démoli des églises et interdit la condamnation du blasphème en 1830 (sauf en Alsace-Moselle en vigueur jusqu’au 22 décembre 2015= Concordat) alors que jusqu’à la Révolution française en 1789 elle était passible de condamnation à mort. 

Nous n’avons à demander à personne le droit à vivre notre foi et notre religion et de comment la vivre, mais n’avons pas non le droit d’imposer à qui que ce soit, notre façon de vivre notre foi et notre religion.

C’est de cela dont il était question dans cette manifestation.

Et nous savons que la bande d’assassins qui a sévi à Charlie Hebdo et dans l’épicerie casher, sont les mêmes que Boko Haram, Mujao, Aqmi qui fracassent les tombeaux des saints à Tombouctou, en Irak, au Pakistan et massacrent les populations musulmanes sous prétexte que c’est eux qui doivent décider de ce qui est licite ou illicite au nom d’une vision étriquée, ignare et intolérante de l’Islam.

J’ai été enchanté de lire l’article de Fadel Dia dans Sud online du 13 janvier. « Ce qu’on a tué chez Charlie et la Porte de Vincennes, dépasse l’existence de quelques individus, ce sont la liberté, le droit à l’expression, les fondements mêmes d’une société respectueuse de la nature humaine ».

Wolé Soyinka, a écrit en septembre 2013, après les attentats horribles qui ont ensanglanté Nairobi :

« Nous avons remporté une victoire en abolissant l’apartheid, afin que la race ne soit plus un critère de citoyenneté. Réaffirmons notre refus, sur notre continent, que la religion soit établie comme une seconde nature humaine, indiquée sur nos documents d’identité, et de laquelle dépendrait notre nationalité, mais également le droit même d’exister sur la planète.  J’ai envie de croire que nous étions tous présents à Nairobi. Nous nous sommes rangés dans le camp de l’humanité, face à ceux qui s’opposent à elle. »

Le président Macky SALL a eu mille fois raisons d’être à Paris ce jour-là, où l’histoire s’écrivait dans la rue, avec le refus de millions d’hommes et de femmes de se plier aux diktats de ces assassins, qui sévissent au Mali, au Nord du Nigéria, à Mogadiscio, au Pakistan.

Cette histoire est mondiale, comme l’Histoire est celle de notre humanité commune. 

Qui peut croire que ce qui se déroule tous les jours, en Syrie, en Irak, au Nigéria ne sera pas à nos portes demain.

Ce n’est pas la faiblesse coupable, pour ne pas dire complice de certains qui les en empêchera.

L’armée la plus forte du continent est en déroute tous les jours devant ces hordes de sanguinaires armées jusqu’aux dents par les wahhabites qui les ont nourris et devant lesquels nous avons tous été aveugles.

Abdoul Aziz Kébé dans une interview à Sud en octobre 2012 déclarait « Le Sénégal ne peut pas être un îlot non influencé par ce qui se passe aux alentours. Des associations islamistes sont déjà là et se nourrissent de cette sève intégriste. Elles ont des écoles et même, apprend-on, une faculté, dans certains quartiers de la capitale et de la banlieue. »  

Qui ne le voit à la Médina, de la rue 1 à la rue 37, à Guédiawaye ou Parcelles, le danger intégriste s’affiche et nous défie dans ce que ce merveilleux pays a de plus important au monde : le sentiment de liberté des Sénégalais.

Ne nous y trompons pas, si les troupes françaises puis celles de la CDEAO ensuite n’étaient pas intervenues au Mali, le MUJAO, AQMI et leurs affidés étaient sur Kayes et fondaient sur le Sénégal oriental en quelques semaines.

Je ne peux imaginer l’espèce de clown sanguinaire démoniaque d’Abubakar Shekau chef de Boko

Haram se proclamer émir du Sahel avec Dakar comme capitale. Un cauchemar pour tous

La dérive d’un homme

Je viens de tomber sur l’article de Malick Ndiaye, publié sur le site de Xalima.com le 13 janvier au nom du « cercle des intellectuels-CIIS ».

C’est un torchon indigeste, insipide, indigeste, baveux de prétention et surtout dangereusement mal intentionné.

Et je ne peux m’empêcher d’être triste devant la dérive d’un homme que j’ai connu jadis.

Que nous dit ce « sociologue professeur à l’université de Dakar » ?

Que le Sénégal « soit une république de croyants » en convoquant à l’appui de sa diatribe contre le président Macky SALL, tous nos saints hommes et personne n’y manque, sauf peut-être Ndiadiane Ndiaye et Alboury Ndiaye. 

Je me suis pincé pour croire ce que je lisais, connaissant de longue date, cet ex-compagnon de route de la gauche internationaliste française.

Substituer croyants et citoyens est un contresens théorique et politique grave, à moins que cela ne soit à dessein. 

Une république de croyants est une théocratie : l’Iran en est un exemple contemporain ou le Vatican (le pouvoir du Pape repose sur son infaillibilité supposée). 

L’idéal du califat auquel se réfèrent les jihadistes pourrait aussi constituer ce modèle.

Une république de croyants n’est pas une république, parce que la source de la loi est d’ordre divin et donc transcendantal et en Iran la source d’inspiration est le guide (un Marja c’est-à-dire « source d’imitation » ou « source de tradition »).

En République la source de la loi ce sont les citoyens libres. 

La foi de chacun étant d’ordre privé et l’espace public est neutre pour que toutes les croyances puissent cohabiter.  

Le président Abdou DIOUF, dans ses mémoires, parle du travail d’orfèvre, que les compagnons de Senghor et lui-même, ont fait dans la période postindépendance pour maintenir le caractère laïc de l’Etat.

Si les mots ont un sens et Malick Ndiaye un « sociologue », que ne nous dit-il pas ?

Après avoir conseillé le président Diouf, le président Wade, le président Sall et après des pérégrinations à Bouaké, auprès des ex-Forces Nouvelles, ensuite auprès du président Gbagbo il y a quelques années, voilà notre « animateur du cercle des intellectuels » prêt à enfourcher d’autres combats. 

Les dérives de notre « Le sociologue » de l’UCAD, animateur du « cercle des intellectuels » Malick Ndiaye n’auraient pas de bornes.

Mais il est vrai que dans ce salmigondis indigeste, il dit qu’il est à la fois contre « l’intégrisme démocratique euro-américain judéo chrétien (sic et resic) » et contre le « l’intégrisme monocratique d’inspiration islamique ». J’avoue qu’à cette étape de ma lecture j’étais un peu perdu. Et je me suis dit comme sans doute d’autres qui l’ont lu : « qi wër na ! »

La suite de cet article est encore plus grave. 

Il dit que nous avons (et en majuscule svp) manifesté « pour la Défense des Droits à la Caricature du Sceau des Prophètes et à la Protection des Libertés des Caricaturistes du Prophète Mahomet (PSL) ».

Que cherche cet homme ? 

Vouer aux gémonies et à une prochaine fatwa des ignares sanguinaires le président et ceux qui ont défilé le 11 mars ?

Les faire condamner à la flagellation publique de 100 coups de fouets ?

Et pour finir notre « sociologue » ressuscite le Protocole des Sages de Sion et éructe sur les lobbies judéo-maçonniques et Sionistes qui combattent les religions abrahamiques ? 

Sans doute là excluent-ils les juifs de ce groupe. 

Ses vieux compagnons de route de la gauche internationaliste, formés aux mêmes références idéologiques, et qu’il fréquente peut-être encore doivent aussi se pincer.

Ingratitude d’un homme, arrivé à un certain âge, pour oublier tous ceux avec qui il a cheminé dans ces longues années de militantisme pour la liberté et la fraternité des peuples sous le froid et la grisaille des hivers parisiens.

A tant de perfidie et tant d’ingratitude !

Le protocole des sages de Sion est un faux grossier qui se présente comme un plan de conquête du monde établi par les juifs et les francs-maçons fabriqué par les services secrets du Tsar de Russie au début du 20ème siècle contre les militants républicains qui luttaient pour l’abolition du tsarisme. 

C’est devenu depuis longtemps la bible des « complotistes » de tous poils. 

Ceux qui pensent que le 11 septembre n’a jamais eu lieu. 

Ceux qui pensent qu’un centre mondial « d’Illuminati » et de francs-maçons est à l’œuvre partout.

Notre « sociologue de l’université Cheikh Anta Diop de Dakar » devrait arrêter de lire DA VINCI CODE de Dan Brown 

Pathétique et lamentable référence. 

Pour ma part, je choisis la LIBERTE de ne pas lire Charlie HEBDO quand il caricature le prophète Mahomet (PSL), d’inviter ceux que je connais et qui respectent ma foi à en faire de même. 

Parce que j’ai la LIBERTE de le faire.

Je choisis la LIBERTE contre BOKO HARAM, AQMI et DAESH qui massacrent des musulmans qui célèbrent l’Achoura en Irak chaque année, contre les talibans pakistanais qui massacrent des musulmans soufis parce qu’ils honorent leurs saints comme nous au Sénégal.

Soyons en sûrs, si nous ne faisons rien contre ces wahhabites, qui sont déjà chez nous, fanatiques sanguinaires et leurs épigones demain ils seront suffisamment forts pour demander l’interdiction du Magal de Touba et du Gamou de Tivaouane. Ils considèrent ces manifestations de foi comme hérétiques. 

Monsieur le président vous avez eu raison de manifester le 11 janvier à Paris. Et nous étions 4 millions avec vous, noirs et blancs, jeunes et vieux, femmes et hommes et de toutes les religions.

De quel côté êtes-vous « M. le sociologue de l’Université Cheikh Anta DIOP de Dakar » animateur du « cercle des intellectuels ».

 Babacar FALL

Adresse aux républicains. Mais c’est une révolte ? Non Sire, une révolution.

Publié le 11 février 2012 (Sud Quotidien)

A regarder l’opposition sénégalaise aujourd’hui, on oscille entre l’abattement et la révolte. La France avait la droite la plus bête du monde et le Sénégal vient de gagner un nouveau titre, à défaut de la coupe d’Afrique, celui d’avoir l’opposition la plus bête du monde.

Tous les candidats sortants dans le monde entier souhaiteraient avoir une telle opposition. Après s’être étripés sur le candidat unique, jusqu’au ridicule, elle vient de décider – on se pince pour y croire – de suspendre sa campagne pour battre Wade.

Les raisons ? Les Sénégalais attendront la fumée blanche à la fin du conclave pour les connaître.

Gageons, que les accusations de traitrise vont commencer.

Et ces messieurs-dames, après avoir créé les conditions de la réélection de Wade et tué le formidable sursaut démocratique du 23 juin 2011, nous diront qu’ils ne reconnaissent pas les résultats de ces élections présidentielles.

Il est temps d’ouvrir un nouveau cycle.

Nous vivons une période historique particulière où nombre de schémas de pensée anciens n’en finissent pas de se décomposer sans qu’apparaisse clairement le signe d’un renouveau.

Dans les sociétés développées européennes, l’ampleur de la crise de la dette et du chômage s’accompagne d’une crise de la politique.

Au Sénégal, la recherche de solutions dans l’urgence actuelle de la campagne électorale pour battre Wade, pour nécessaire qu’elle puisse paraître, ne tient pas lieu d’une réflexion qui, à partir de la pleine mesure de l’ampleur de la crise économique et sociale, propose des orientations pour refonder l’engagement démocratique des citoyens.  

Le délabrement de l’Etat, « la politique du ventre », l’absence de règles collectives protectrices des plus faibles, maintient le sous développement et la pauvreté extrême et annihile quasiment toute volonté collective et individuelle de développement.

Des questions comme celle de la mondialisation, de l’intégration africaine, du modèle de développement, celles du travail et de l’emploi, de la santé, de l’éducation engagent une conception de l’homme et du vivre-ensemble qu’une génération entière partage.

A écouter, lire, débattre avec la génération qui cherche sa place, qui ne voit qu’elle désire ardemment travailler sur le politique en dehors des positions partisanes.

La situation actuelle au Sénégal est, sous de nombreux aspects, inquiétante.

Sous le bruit, les fureurs, les grondements et manifestations, le chaos apparent ou caché, il ne faut pas se tromper, c’est bien un vieux monde qui s’écroule sous nos yeux au Sénégal.

Un autre peine à émerger et se frayer un chemin dans notre cher pays.

La candidature de Youssou NDOUR raillée, par la presse, est un de ces symptômes d’un système vieillissant, comme celle de Coluche en 1981, candidat putatif aux présidentielles françaises de 1981, avec des sondages qui le plaçaient très haut dès l’annonce de sa candidature (16% des intentions de vote), avant qu’il ne renonce.

Cette candidature illustre, mutatis mutandis le même contexte : un vieux système, une vieille élite, un vieux président.

Elle a entraîné l’entrée en politique d’une masse de personnes, indécises, entre la jeunesse urbaine diplômée, attentive aux mots d’ordre de M23, et celle des quartiers de la médina, de Parcelles, Pikine, Guédiawaye.

Elle procède de la même dynamique que celle qui s’est mise en branle depuis longtemps pour turbuler le système corrompu en élargissant à chaque fois l’espace démocratique.

Les conséquences sur le tissu socioéconomique de quarante de règne du parti socialiste sur le système politique sénégalais, ne se sont pas effacées en un jour.

Les 12 ans au pouvoir de Wade ont accéléré sa putréfaction.

C’est le même système qui a continué sous un autre nom, avec un autre clan de prédateurs, en moins fins dans la politique du ventre et dans la gestion patrimoniale de l’Etat.

Quand les élites technocratiques socialistes habillaient sous un vernis de la plus parfaite technocratie bureaucratique la prévarication des maigres richesses de l’économie sénégalaise, le clan wadiste, mal formé, avec une absence totale de « culture administrative » et de compétence utilise la méthode de l’informel.

L’inculture technocratique, l’absence de scrupules, l’informalisation de la prédation se sont substituées à la culture technocratique du vol et du détournement des deniers publics.

L’alternance s’est jouée des espoirs placés en elle par la faute d’un clan cupide.

Et dans cette décennie, se sont aussi révélées les ressources morales, d’un peuple qui s’est emparé des principes de la démocratie, pour élargir son espace de liberté et se préparer à l’après Wade.

Tout le monde le sent, c’est la fin d’une génération d’élite politique et administrative, celle des compagnons des combats pré et post indépendance, qui entraîne avec elle, celle des années 68 et 70. Evidemment cela se fait dans le tintamarre du débat et des invectives.

La nouvelle génération qui tente de s’engouffrer dans ce nouvel espace revendique sa place dans la République.

Il est donc du devoir des républicains de l’aider à la trouver au travers des valeurs et des principes universels qui sont ceux de la République.

Les Sénégalais aspirent à un Etat de droit

Au travers de la proclamation de la primauté de l’Etat de droit, où s’applique effectivement un droit et non pas l’arbitraire d’un dirigeant ou l’anarchie.

En réponse à la question, l’Etat de droit au Sénégal est-il plus une réalité qu’une fiction ? Les citoyens répondent assurément que c’est une fiction.

Un Etat de droit, où l’Etat se doit de veiller à ce que chaque personne physique ou morale soit à égalité devant la loi, qu’il s’agisse de défendre ou faire valoir ses droits, de contester une décision.
Un Etat qui respecte le principe de séparation des pouvoirs (et d’équilibre entre eux) : contrôle direct de l’exécutif par le législatif ; liberté de la presse ; Justice indépendante, contradictoire, impartiale, effective, qui instruit, prononce et fait exécuter ses décisions dans des délais raisonnables.
C’est l’ensemble de ces critères qui doivent être réunis pour que l’on puisse parler d’Etat de droit.

La majorité des citoyens sénégalais ordinaires, le disent tous les jours. L’absence d’Etat de droit nuit tout particulièrement aux classes populaires urbaines et rurales qui ne jouissent ni des passe-droits des élites, d’en haut, ni des passe-droits de ceux qui à la marge s’arrangent avec les règles collectives.

La Justice doit constituer l’un des piliers du pacte citoyen et républicain de notre pays. Son impartialité, sa capacité à assurer un équilibre entre prévention, sanction, réparation et protection des libertés individuelles doit être au cœur du bon fonctionnement de la société.

Elle doit être un rempart qui protège les personnes, garantit les règles du vivre ensemble, les droits et donc les devoirs de chacun, les conditions d’une société apaisée.

L’égalité devant la Loi doit être au cœur même de l’idée de justice et ce principe d’égalité est l’un des fondements de notre société démocratique.

L’indépendance de la justice en est la condition impérative.

La justice est un service public dont l’importance, aux yeux de nos concitoyens, n’est pas toujours mesurée alors que le droit envahit désormais tous les interstices de la vie sociale.

Instaurer l’Etat de droit et donner aux sénégalais des raisons d’y croire, il y va de la santé démocratique de notre pays.

Au travers de la proclamation de l’indivisibilité de la République et l’unité du peuple sénégalais.

Le principe de l‘indivisibilité de la République, signifie, qu’elle connaît mais ne reconnaît pas tout ce qui tend à morceler, séparer, démanteler la communauté civique nationale – religion, confréries, croyances …

Elle respecte les traditions et les cultures mais elle les soumet à la loi commune.

La République doit continuer le travail de construction de notre nation, composée de citoyens non de communautés. Les individus ont leurs particularités, mais pas les citoyens.

La République indivisible est donc unitaire.
Nous avons hérité de la colonisation française et de notre propre histoire nationale, une culture centraliste et non fédéraliste.
L’unité républicaine n’exclut pas, bien sûr, la diversité. L’unité de notre nation s’est faite et se fait encore dans la confrontation, l’alliance ou parfois la discorde de ses composantes. Elle s’est réalisée à travers l’intégration des citoyens, intégration rendue précisément possible par cette indivisibilité qui reconnaît la seule citoyenneté.

Les citoyens sénégalais aspirent à la neutralité de l’Etat

L’affirmation de la neutralité de l’Etat appelée ailleurs laïcité, face à toutes les communautés culturelles et religieuses doit aussi accompagner l’émergence de cette nouvelle génération.  

La laïcité peut être définie simplement par la séparation de l’État et de la religion (toutes croyances confondues). C’est un principe qui garantit la liberté de conscience et de culte, qui assure l’égalité de droits entre toutes les croyances.

La mise en œuvre de ce principe poserait moins de problèmes que son inscription dans le marbre au Sénégal. La meilleure définition est celle que propose le Dr Mahmoud Hazab, conseiller auprès du Cheikh Ahmed al-Tayeb, imam d’al-Azhar, dans la charte de onze articles à l’élaboration de laquelle l’institut a participé qui dit, parlant de l’Etat qui devra être issu de la révolution. « Nous ne sommes ni un État religieux ni un État militaire. Nous souhaitons que la Constitution se fonde sur la citoyenneté. »

Des pratiques laïques sont observables dans notre pays depuis des lustres, pratiques religieuses laissée à la discrétion de la personne, liberté d’affichage ostentatoire d’appartenance religieuse, les jeûneurs et non-jeûneurs de Ramadan se côtoient dans la même famille, des amis pratiquants et non pratiquants se souhaitent bonne fête le jour de l’Aïd, le mariage civil et le mariage religieux coexistent, le planning familial est entré dans les mœurs et fait moins débat, la monogamie se généralise dans la jeune génération urbaine instruite.

Son exercice est facilité tous les jours par l’existence, de croyances, d’appartenance religieuse ou confrérique différentes dans une même famille et entre ses différents membres.

Il revient à l’Etat d’en assurer le respect.

Plusieurs pays ont adopté la laïcité en tant que principe qui figure dans leurs constitutions, comme la France, l’Inde, la Turquie, le Japon, le Brésil ou les Etats-Unis.

Beaucoup d’entre eux financent l’exercice des cultes.

Il n’est pas inimaginable que notre pays se dote d’un budget des cultes. Cela aurait le mérite de s’accorder sur le principe de l’égalité de traitement de tous les cultes, toutes les confréries et de rendre complètement transparent les financements publics qui leur sont accordés.

Ils seraient inscrits chaque année dans la loi des finances par l’Assemblée nationale et exécutés sous son contrôle, comme tout le budget de la nation.

L’égalité, le progrès social, la fraternité et la solidarité sont des irremplaçables de la République. 

Une société plus juste est une société qui permet l’accès à l’égalité des chances à chacun de ses membres. S’il est des inégalités qui tiennent à la nature humaine, il en est, injustifiées, qui tiennent à la société.

La réduction de ces inégalités constitue une exigence aussi bien morale que politique.

Il faut refuser la persistance des inégalités entre les hommes et les femmes, celles s’appuyant sur une origine sociale ou ethnique.

Refuser les inégalités héritées.

Refuser l’idée d’inégalités dont on ne pourrait pas sortir.

Se battre pour que soit donnée à chacun la possibilité, quelle que soit son origine, sa situation, de s’insérer dans la vie sociale ou professionnelle, d’accéder aux biens collectifs – éducation, culture, emploi, santé, sécurité – et de pouvoir en tirer un profit comparable.

Vouloir l’égalité dans les opportunités offertes à chacun, d’utiliser au mieux sa capacité d’autonomie, ses talents et sa volonté.

La justice sociale, comme la cohésion sociale se bâtissent sur l’exigence de solidarité qui doit être conçue à la fois comme un tremplin pour ceux qui peuvent agir et prendre leur responsabilité, un filet de sécurité pour ceux qui connaissent l’échec et doivent se voir accorder une nouvelle chance, comme un bouclier enfin pour ceux qui n’ont pas ou plus les moyens d’agir et qui doivent recevoir de quoi leur permettre de vivre dignement. Elle doit empêcher la précarité et permettre la cohésion sociale de notre nation.

Pour s’exprimer dans le respect de la dignité de l’individu, la solidarité doit être ciblée, adaptée à chaque situation, et ne pas se transformer en assistanat par une distribution uniforme d’aides, qui découragent ceux qui travaillent, et tendent à maintenir ceux qui en bénéficient dans une situation de dépendance.

La solidarité doit s’exprimer à différents niveaux : solidarité entre les territoires sénégalais, dans les campagnes et au sein des villes ; solidarités familiales et entre les générations.

L’intervention de l’État est le pilier d’une politique solidaire. C’est sur cette base que les républicains doivent faire une place à la nouvelle génération dans l’espace public.

Dans notre pays, c’est l’Etat qui contribue à construire la nation sénégalaise, dans ses espaces et ses territoires. Il ne faut jamais perdre de vue ce paramètre essentiel pour les républicains. Toute politique qui décrédibilise son intervention sape les fondements de notre Etat-nation.

Alors le pire n’étant jamais sûr, je pense que lorsqu’un problème est clairement et judicieusement posé, on trouve toujours des hommes et des femmes capables de le résoudre.

Les hommes et les femmes candidats de l’opposition ne doivent plus avoir qu’une seule et unique, préoccupation, mobiliser, encore mobiliser les citoyens sénégalais pour battre Wade, sa clique et ses bandes et sa famille dans les urnes le 26 février. Plus rien ne doit les distraire. La jeunesse et le peuple sénégalais le valent.

Babacar FALL

Un pas en avant, deux pas en arrière!

Publié le 4 décembre 2012 (Sud Quotidien)

Au poker, quand un joueur a la meilleure main qui soit et perd sa mise, on parle de « BAD BEAT ». 

Ce joueur est un « FISH », c’est à dire un joueur débutant, inexpérimenté qui commet des erreurs grossières et visibles.

Après plus de 6 mois de fonctionnement, le gouvernement du Sénégal donne cette impression désagréable d’amateurisme, d’impréparation à la gestion de l’Etat, de pusillanimité, de pilotage à courte vue et quelque fois plus grave de reproduire ce que Wade a appris à beaucoup d’entre eux du temps de leur fameux compagnonnage.

En somme du Wade sans Wade.

Et pourtant nous avons tellement attendu ce changement !

12 ans d’un pouvoir qui a réduit à néant notre culture des règles de la bonne administration publique, de l’Etat de droit, réduite à néant au profit de coteries familiales et financières.

Nous en étions tous devenus des nostalgiques des pouvoirs de Senghor, de Diouf, qui malgré tous leurs défauts, que nous avons combattus à l’époque, avaient comme vertu principale : l’attachement au fonctionnement républicain des institutions publiques.

Le décès de Assane Seck nous fournit l’occasion de revenir sur la probité et le respect du bien public qu’avaient les premiers cadres de ce pays.
Voilà un homme, ministre pendant 10, ans qui a toujours vécu à FASS en face du Canal sans ostentation et enrichissement visible. Les ministres de Wade sont tous millionnaires quelques mois après leur désignation.

Autre temps, autres mœurs. Le pouvoir de Wade c’était le retour du refoulé du pouvoir ceddo. 

Si je devais donner un conseil à nos chercheurs et à nos élites ce serait de relire l’étude de Etienne Le Roy « Damel, ceddo et badolo face aux métamorphoses du pouvoir dans le royaume wolof du Cajor (Sénégal aux XVIIIe et XIXe siècles) » Paris, Politique africaine 1981.

Le Roy posait la question de savoir si Damel LAT Sucabé est l’ancêtre des tyrans de l’Afrique moderne ?

« Sa paranoïa au pouvoir, loin d’être un accident de l’histoire, effectue, une rupture politique radicale qui met les Wolofs sous la coupe d’un pouvoir autocratique et guerrier avec le règne de l’arbitraire, la répression, la méfiance, l’exil des opposants ». Le règne de Lat Sucabé, donne un statut politique à la violence.

Loin d’être une dictature, le pouvoir de Wade a institué la violence politique et physique en mode d’action. Il a érigé le fait du prince, l’oukase, le rapport de forces, la confrontation permanente, la dérive dans la gestion des finances publiques, et la prévarication comme mode gouvernement.

Je connais très peu de sénégalais qui regretteront ce pouvoir sénile, même ceux nombreux qui ont voté pour lui.

Ce serait banalement normal. Nous sommes en démocratie et Abdoulaye a recueilli 942.546 suffrages soient 34,82% des votants.

Mais alors pourquoi ne sommes –nous pas à l’aise actuellement avec ce gouvernement, et pourquoi ne pas le dire, avec Maky SALL.

Un vote honteux ? « Cacher ce que je ne saurais voir ».

Qu’est ce qui fait cet indéfinissable sentiment de malaise devant les actes que pose le gouvernement ou devant son inaction ?

Les Sénégalais courent consulter les augures (les Saltigués ou Selbé Ngom) pour savoir à quel moment l’avion va tomber sur l’université de Dakar (ou le palais de l’avenue Roume) 

Imaginer cette scène, qui a retenu le souffle de beaucoup d’étudiants en train de scruter le ciel pour voir l’avion qui allait tomber, renseigne sur l‘état de la société sénégalaise que Wade nous a laissé. Si même dans ce lieu supposé être celui du savoir et de l’enseignement des sciences, de toutes les sciences, l’irrationnel, la superstition, la bigoterie se sont installés, notre pays a encore un très long chemin à faire dans la voie du développement.  

Et pendant ce temps, tout le monde se demande où va ce gouvernement ?

Passons sur les nominations inappropriées, la taille du gouvernement, le retour encore timide du népotisme, les fonds secrets de la présidence reconstitués, un véhicule 4×4 pour chaque parlementaire, le retour du conseil économique et social.

Le plus important c’est le sentiment qui commence à s’installer chez les citoyens sénégalais du « tous les mêmes », pour ne pas dire « tous pourris ».

De Dakar, à Diourbel, Saint Louis, Thiès, Ziguinchor, dans les maisons, dans la rue, à la campagne, les propos sont encore plus durs, pour ne pas dire injurieux comme nous savons le faire quand nous sommes exaspérés dans ce pays.

Un programme électoral ne suffit pas à faire un programme de gouvernement. Il est nécessaire, mais pas suffisant.

La différence entre les deux, ce sont les contraintes économiques, fiscales, financières que l’on découvre une fois au pouvoir.

C’est le poids des engagements antérieurs sur la dette intérieure et extérieure.

Le tour de passe-passe sur la baisse des produits de première nécessité au début du mandat, se retourne contre le gouvernement aujourd’hui, parce que les Sénégalais le savent, qui vont au marché tous les jours, que les prix loin de baisser, ont même tendance pour certains à augmenter.

Les engagements du candidat Macky SALL sur la couverture maladie universelle, sont importants, mais pourquoi ce pouvoir ne confie pas cette question aux experts dont regorge ce pays, ici et dans sa diaspora pour étudier et mettre en place les meilleures conditions de sa mise en œuvre.

A jouer les apprentis sorciers, cette réforme peut mettre à genou tout notre système de santé déjà très fragile  

On n’improvise pas dans ce domaine. On n’a pas le droit.

Pourquoi, ce gouvernement et le président ne font-ils pas confiance à l’expertise sénégalaise, réputée partout en Afrique et dans les institutions internationales,

Il est atteint de ce mal typiquement sénégalais du complexe d’infériorité ou de supériorité (c’est selon) de nos élites entre ces membres.

On devrait regarder du côté du Maroc, de la Tunisie, de l’Afrique du Sud qui ouvre leurs bras à leurs experts locaux et dans la diaspora.

Pendant ce temps, à longueur de colonnes, de radio et d’antennes, des « experts de tout », ratiocinent, bavassent, discourent et jacassent, sur tout et rien sans aucune compétence sur le sujet et imposent l’actualité.

Les proclamations sur la bonne gouvernance, la nomination plutôt sympathique de Abdou Latif Coulibaly (un des meilleurs journalistes de sa génération, malgré un égo surdimensionné qui très vite va le faire penser qu’il doit être calife à la place du calife), ne fait pas une politique gouvernementale.

Cet engagement qui aurait pu être le véritable marqueur ou, comme dit l’autre trivialement, « le gros rouge qui tâche » de ce nouveau pouvoir, est en train de virer en eau de boudin ou plutôt de « dibi mbouss » pour rester dans le registre sénégalais.

Parions que les proclamations guerrières d’aujourd’hui vont vite s’éteindre, quand on s’apercevra quelle que soit l’estime que nous avons envers nos forces de gendarmerie, qu’elles n’ont pas les qualités techniques et professionnelles d’une brigade financière.

La traque de la délinquance financière, des détournements des biens publics ne s’improvise pas. Elle ne relève pas des mêmes techniques d’enquête policière.

Ce qui ressort des auditions actuelles (ce que la presse en rapporte) est confondant de banalité, si ce n’est d’amateurisme.

Et ce n’est pas le retour triomphal et en une des quotidiens, de tournée en Europe de notre Task Force d’avocats, chargé d’aller débusquer les biens mal acquis planqués dans les coffres des banques occidentales, qui est fait pour nous rassurer.

Ce pouvoir n’aura pas de deuxième chance.

Rappelons que Macky n’a réuni que 719.369 voix, soit 26,57%. La sociologie électorale a depuis longtemps donné la règle.  Au premier tour on choisit, au second on élimine. 
Une règle imparable pour un scrutin majoritaire à deux tours qui avait une signification particulière pour cette élection présidentielle avec quatorze candidats.

Avec un tel score au premier tour le président Macky Sall aurait tort de penser qu’il a un état de grâce.

Son socle électoral c’est un quart de l’électorat sénégalais. C’est faible.

Wade avait fait plus derrière Diouf en 2000 avec 518 740 votants soient 31% des suffrages exprimés et 8 candidats au premier tour.

Le nombre d’inscrits ayant doublé entre 2000 et 2012. Il est passé de 2 725 987 en 2000 à 5 303 555 électeurs en 2012.

La société sénégalaise est grosse d’impatience sur ses attentes, de vérité sur la réalité de la situation économique, de transparence sur les actes de gestion du gouvernement.

Elle n’acceptera pas un succédané de wadisme, ni de dioufisme (de la dernière période).

Il n’est que d’écouter tous les jours ce qui sourd, dans les familles, parmi les salariés du privé et fonctionnaires, parmi les jeunes, lycéens, étudiants, chômeurs, marchands ambulants etc.

La voix des citoyens n’est pas dans cette mauvaise presse, paresseuse, graveleuse, qui tous les jours fait sa chasse aux boucs émissaires – thiantacounes, homo, jeunes femmes et jeunes hommes bien dans leur époque, étrangers – au risque d’entraîner ce pays dans le chaos.

Elle n’est pas non plus dans ces sempiternels bavards, que nous voyons depuis 10 ans meubler la presse télévisuelle à la place des vrais experts reconnus par leurs pairs, dans tous les domaines. Qui n’a pas entendu cette expression courante dans tout le pays : « nous sommes fatigués ». Elle dissimule, une attente très forte vis-à-vis du gouvernement, de la colère rentrée qui trouvera, s’il le faut, son exutoire, un début de défiance vis-à-vis des pouvoirs publics.

Ce gouvernement et le président Macky Sall doivent dire ce qu’ils veulent faire.

Vite.

La chasse aux prévaricateurs et autres délinquants issus du wadisme ne peut tenir de politique, surtout si elle se dégonfle, parce qu’on n’est pas en mesure de leur faire rendre gorge.

Le nouveau code fiscal est un exemple de la capacité des cadres de ce pays à travailler ensemble avec tous les acteurs sur un projet de taille, parce qu’il ne s’agit rien de moins que de renforcer l’avantage compétitif de notre pays, pour promouvoir et attirer des investisseurs.  Ce nouveau code était en chantier avant l’arrivée de Macky Sall au pouvoir.

La nouvelle politique agricole pourrait être une illustration majeure du fonctionnement du nouveau pouvoir.

Pour se défaire au plus vite de l’escroquerie politique que constitue la GOANA, le président et son gouvernement doivent annoncer leurs priorités dans ce domaine.

L’effet d’aubaine de la bonne pluviométrie ne se répétera peut-être pas du fait du dérèglement climatique. Autant alors dire maintenant quelles seront les priorités.

On peut ne pas être d’accord avec les propos de Saliou Sarr, membre du Comité interprofessionnel de la filière du riz de la Vallée, dans « Quotidien du 30 octobre 2012 » sur l’ambition de l’autosuffisance en riz, mais ses propos d’expert producteur sont pertinents. Ils méritent un débat public sur les vertus de la petite exploitation et les grands aménagements hydro agricoles.

 Le gouvernement pendant ce temps là ne communique que sur les errements du wadisme. Alors qu’il est attendu par les citoyens sur les vrais choix économiques et sociaux pour que notre pays ne retombe pas dans ces vieux démons du bavardage, pendant que le Ghana, le Kenya avancent à grand pas et que la Côte d’Ivoire retrouve les chemins de la croissance.

Le narco trafic, à l’œuvre dans les Etats voyous voisins a, désormais, gangrené plusieurs secteurs de notre économie. Ne nous y trompons pas, les arrestations actuelles, pour spectaculaires qu’elles soient ne sont que des épiphénomènes à côté de ce qui va arriver plus tard. Le gouvernement ne nous parle pas des mesures qu’il compte mettre en œuvre pour faire face à ce fléau désormais installé chez nous.     

La rentrée universitaire est catastrophique avec la surcharge explosive des amphis et des salles de TD, la carence avérée, depuis longtemps, du service des œuvres universitaires.

L’université de Dakar est une bombe qui risque de nous exploser à la figure.

Pendant ce temps, le gouvernement ne dit rien et c’est SL Niasse qui meuble avec ses passeports diplomatiques et ses déboires avec le fisc.

Dans quel Sénégal vivons-nous, pour que les enjeux majeurs du développement économique, de l’éducation, soient occultés par quelques apprentis sorciers trop longtemps au-devant de l’actualité, au détriment des débats de fond que les citoyens attendent ?

Et on nous amuse avec Benno Bokk Yaakar, APR, Tanor, Niasse et Idy, qui sont le dernier souci des citoyens sénégalais.

Macky Sall et son gouvernement n’auront pas de seconde chance. Ils gaspillent la première et peut être la seule qu’ils auront.

Courir à Touba, Tivaouane, Kaolack, Ndiassane n’aura plus aucun effet. La chute de Wade nous l’a suffisamment montré.

Babacar FALL

Jeunes sénégalais, soyez réalistes, demandez l’impossible.

publié en décembre 2011 (Sud Quotidien)

Ce qui se joue sous nos yeux marquera assurément la décennie sénégalaise à venir. Sans qu’il soit besoin d’être exhaustif, dans la sociologie politique du Sénégal actuel, on peut observer deux dynamiques qui travaillent les rapports sociaux dans notre pays.

Il s’agit de la transformation en profondeur de la jeunesse et de l’évolution du monde paysan.

Nous reviendrons plus longuement sur les paysans sénégalais dans une autre contribution. Remarquons simplement qu’il y a eu peu de travaux d’envergure sur le sujet, à la suite de la thèse mémorable de Pierre Pélissier « Paysans du Sénégal » qui a marqué des générations de géographes sénégalais.

Nous ne sommes pas très nombreux ceux qui ont remarqué des similitudes entre la situation de la Tunisie et celle du Sénégal. En dehors de l’effet journalistique habituel pour faire le buzz.

Le débat tunisien, sur son modèle de développement, ses réponses au chômage des jeunes pour un pays sans richesse minière, son système éducatif, sa constitution, la neutralité de l’Etat, la place des femmes est extrêmement riche. La révolution tunisienne a ouvert la voie à beaucoup de remise en cause pas seulement en Tunisie, mais sur tout le continent africain. 

C’est aussi cela la mondialisation, la circulation des idées à la vitesse des réseaux sociaux.

Jeunes diplômés

La révolution tunisienne a démarré avec l’immolation d’un jeune marchand ambulant de fruits et légumes, qui malgré un diplôme est réduit à cette survie par l’absence d’emploi fixe pour aider sa mère. « Toute ressemblance avec des personnages existant ou ayant existé serait fortuite et indépendante de la volonté de l’auteur. » C’est ce qui écrit dans les génériques de film.

Qui ne connait pas des situations comparables dans notre pays ? 

La génération des étudiants des années 80 a connu les maîtrisards chômeurs qui ont fondé des boulangeries, des fabriques de glaces alimentaires, des garages auto.  Certaines de ces expériences ont réussi, d’autres ont laissé des montagnes de dettes et resteront insolvables toute leur vie.  Tout au plus, ils étaient quelques centaines en comptant très large.

Ils sont aujourd’hui, en y incluant ceux qui font leurs études à l’étranger, des milliers de jeunes diplômés (Masters 1 ou 2, MBA, Ingénieurs, médecins, pharmaciens…) qui arrivent sur le marché du travail chaque année.

A l’exception de quelques grands groupes dans les télécoms, les banques ou les assurances, ils ne trouveront aucun emploi correspondant à leur qualification, dans les conditions de la gestion libérale de l’économie par Wade, son clan et sa famille. Il leur reste l’expatriation vers le Canada, la France (que C. Guéant, ministre de l’Intérieur, vient de fermer), les Etats Unis…

Quel gâchis ! Quand on pense au coût économique de chacun de ces cursus « supportés » par les maigres ressources de la nation.

La nouvelle jeunesse urbaine diplômée

L’explosion de la démographie scolaire résulte de plusieurs facteurs dans notre pays dont l’accélération du développement des banlieues autour de Dakar et l’accès au système éducatif de néo-urbains. Ces néo-urbains qui, chaque jour grossissent les quartiers périphériques de Dakar boostent le système scolaire, de santé, de transport constituent la nouvelle ressource humaine, politique et économique du pays.

La jeunesse issue des villes périphériques de Dakar constitue la très grande majorité des diplômés.

La politique libérale la confronte dès sa sortie d’écoles, de centres de formation, d’université à la réalité du maigre marché de travail sénégalais où elle se retrouve en concurrence avec les enfants de la classe moyenne mieux intégrés dans les réseaux sociaux parentaux. Avec un capital social plus faible, elle est de fait, dans une position moins favorable pour négocier son intégration socioprofessionnelle.

Le désir de promotion sociale et professionnelle des jeunes dits de banlieue est entravé par des rapports sociaux qui les enferment dans ces territoires périphériques de Dakar. Et désormais, de façon pernicieuse, la société urbaine tout entière leur assigne le stigmate de gens de banlieue et les y enferme. Et cet amalgame auquel nous avons tous succombé, renvoie à toutes les images stéréotypées : drogues, violences, mal de vivre.

Alors que la notion de banlieue désignant des territoires ségrégués, dans les univers urbains occidentaux, n’a, à vrai dire, rien à voir avec ces villes nées dans les années 70 de l’extension de la conurbation dakaroise au-delà de l’autoroute.

Mais comme en occident, les banlieues sont tout autant une question urbaine concrète (les territoires relégués des grandes villes) qu’une construction mentale, abstraite (là où sont supposées habiter les classes pauvres).

L’opinion publique a retenu ce dernier aspect.

Et les habitants de Pikine, Guédiawaye, Parcelles, ont intégré cette image stigmatisée de leurs territoires.

Pourtant elle est riche d’inventivité, de création, d’élans collectifs, d’engagements et de richesse culturelle.

Le RAP, le formidable développement des écuries de lutte, ainsi que les proclamations identitaires qui les accompagnent font écho à cette assignation de stigmate, par un exercice que l’on appelle le retournement du stigmate.

Qui n’a pas compris cela ne comprendra pas les conditions sociologiques de la constitution du mouvement M 23.

Peut être auront-ils une lecture différente des conditions de leur constitution, mais c’est cela qui fait la richesse du débat intellectuel.

Les partis, mouvements politiques, le gouvernement, tout le monde a été littéralement soufflé par ce surgissement inattendu d’un mouvement qui a réussi à agglomérer la jeunesse urbaine diplômée de Pïkine, de Parcelles, de Guédiawaye et la jeunesse urbaine des classes moyennes dakaroises.

Dans la jungle de la gestion libérale, gangrenée par la corruption et le népotisme a surgi un mouvement, expression de la jeunesse urbaine qui s’oppose, à la compétition sociale entre les jeunes eux-mêmes, au « NO FUTURE » qu’on veut leur imposer.

Ce mouvement a constitué une réponse sociale et politique au système organisé des prébendes au travers des multiples agences pour l’emploi des jeunes créées par le régime, qui a siphonné littéralement tous les flux de capitaux de la coopération internationale et du budget national destiné à cette jeunesse urbaine.

Les errements d’un vieux gâteux et de son clan ont fait le reste, dans sa tentative de rapt électoral du 23 juin, qui l’a installé au cœur du débat démocratique.

Il reste que M 23 n’est pas toute la jeunesse.

Celle des ateliers mécaniques, de menuiserie métallique et bois qui par génération spontanée occupent l’espace public.

Celle des marchands ambulants, qui harcèlent les automobilistes de marchandises « tombés » des containers du port de Dakar, des marchés de nuit de Colobane, Gueule Tapée, Grand Yoff.

Ce n’est pas non plus cette multitude de jeunes des écuries de lutte que l’on voit courir, défiler fièrement derrière leur champion à l’occasion d’un combat de lutte.

Ces jeunes et ceux des quartiers de la médina à Dakar nous renvoient à l’échec des modèles de développement tant antérieurs, qu’actuels.

Cette jeunesse-là, c’est celle de la misère de nos arrière-cours (familiales et urbaines), à qui aucune perspective n’est offerte. 

Il reste que dans les statistiques dont on peut disposer, ces jeunes sont inscrits sur les listes électorales, démontrant ainsi l’adhésion aux perspectives que peut offrir la démocratie : le pouvoir choisir ses dirigeants.

Le paradoxe, c’est aussi qu’à force d’être marginalisée, cette jeunesse a fini par créer à ses marges une société parallèle avec ses codes, son langage, ses valeurs, d’individualisme, de consumérisme, de relativisme, apparaissant comme la nouvelle classe dangereuse, tout autant qu’elle montre une formidable appétence à l’engagement collectif.

Ce n’est pas non plus cette jeunesse rurale, pour ce qu’il en reste encore dans la campagne sénégalaise, hors du système scolaire moderne et de l’instruction publique et du maigre service public en milieu rural.

Mais le M23 en reste l’expression politique et sociale la plus aboutie.

Dans ce contexte, l’opposition n’a jamais su avoir le bon positionnement vis-à-vis de ce mouvement. Elle s’en est même, quelque fois fait le porte parole. Confiant ainsi un rôle politique (au sens de candidat au suffrage universel) à un mouvement qui, par essence, est social (au sens d’organisation).

Le jour où le M23 prétendra au suffrage universel, il changera de nature. Les jeunes citoyens qui le composent feront certainement des choix politiques différents et adhéreront chacun à des organisations et partis politiques.

Il ne faut pas lui prédire cet avenir, parce qu’il en a un autre autrement plus éminent, celui de VIGIE DEMOCRATIQUE, des promesses et engagements politiques des candidats à la présidentielle.

La faillite de notre système démocratique de représentation a atteint un tel point de non-retour, qu’il nous faut inventer des outils de reconstruction d’un système de participation civique.

Le réalisme politique nous oblige à anticiper la décision à venir du conseil constitutionnel qu’elle quelle soit.

Pour gagner, l’opposition doit s’adresser à la jeunesse. Elle fera l’élection comme en 2000. Lui faire des propositions, lui offrir un programme, une perspective.

Ils doivent être soumis à la critique, à l’expérimentation sociale, discutés, amendés avec tous les jeunes.

Tout le monde le sait, la jeunesse n’attend pas qu’on lui promette la lune. Il est fini le temps où il fallait réinventer le monde à chaque élection. Le Sénégal est un pays pauvre, sa richesse sera la qualité de son système éducatif et de formation.

L’investissement dans la qualification de sa main d’œuvre est le meilleur atout de notre pays.

La création musicale de la jeunesse sénégalaise est parmi les plus riches du continent. Il peut en être de même dans les autres domaines, de l’activité industrielle, de l’artisanat, des nouvelles technologies. A condition d’en créer les conditions de sécurité juridique, d’environnement des affaires et d’ingénierie financière.

Notre pays dispose de compétences avérées dans tous ces domaines sur le territoire national et dans sa diaspora.

On dira à notre jeunesse : SOYEZ REALISTES, DEMANDEZ L’IMPOSSIBLE.

C’est à notre portée, à condition que Vous, Moustapha, Ibrahima, Macky y croyez.

Babacar FALL

La catastrophe imminente et les moyens de la conjurer.

publié le 28 décembre 2011 (Sud Quotidien)

Quel est le scénario catastrophe ?

Nonobstant l’avis du conseil constitutionnel, Wade se présente et est élu.

Il y aura des émeutes et de la violence, mais au final l’occident se résoudra à traiter avec lui. Il tiendra parce que l’appareil répressif d’Etat lui restera fidèle. L’environnement géopolitique du Sénégal avec Al Qaïda à nos portes, dans le Sahel fera que personne n’aura intérêt à une déstabilisation de ce qui restera de nos institutions même pourries par Wade.

Le Sénégal restera le Sénégal. Je suis sûr que les hommes d’Etat présents dans l’opposition s’accommoderont de quelques mois, quelques années de Wade, vieux et malade en espérant lui succéder après.

Les puissances occidentales le leur demanderont.

Cela s’appelle du réalisme politique.

Et les affaires mondiales fonctionnent ainsi.

Ce qui nous guette de pire, quelque soit le prochain président, c’est la crise économique ; scénario catastrophe.

Le tarissement des flux de capitaux nets ainsi que le poids de l’endettement massif auquel ce pouvoir a recouru pour financer ses projets mégalomaniaques va très vite se faire sentir.

Qui peut croire que la petite économie sénégalaise, tiendra quand la note triple A de la France sera dégradée par les agences de notation ?

Qui peut croire que la parité fixe imposée à notre monnaie qui corsète notre économie et qui la protège aussi actuellement, des bourrasques économiques mondiales tiendra en 2012 ?

Quel formidable échec de la GOANA, faite de rapines, de captations et de prédations des terres villageoises que la disette qui s’annonce dans les mois à venir dans les campagnes sénégalaises.

La soudure sera effroyable de souffrances dans maints foyers dans les campagnes sénégalaises

Il en est de l’économie comme du reste, à la fin il faut que quelqu’un paie.

Dans notre malheur, le rétablissement du fonctionnement normal de l’Etat ivoirien n’arrange pas nos affaires. Les capitaux et les investissements étrangers se tourneront vers ce pays. Il deviendra plus intéressant de prêter à la Côte d’Ivoire avec son pétrole, son cacao et ses autres productions agricoles plus demandées sur les marchés mondiaux.

Nous sommes perdants à tous les niveaux dans la compétition/comparaison avec la Côte d’ivoire

 Ainsi va la mondialisation financière.

De quelque côté que l’on se tourne, l’avenir et l’héritage que nous réserve Wade et son clan sera brutal.

Dans ces conditions, le visage que donne l’opposition sénégalaise est pathétique. Et à ce rythme, elle ne tiendra pas la distance dans la campagne de chien annoncée par Wade et son clan. Elle finira en lambeaux et ce quelque soient les péripéties qui peuvent survenir après la décision du conseil constitutionnel.

Il faut faire comme si Wade était le candidat et faire campagne avec ce paramètre.

Il y a deux erreurs à ne pas faire dans une campagne électorale et l’opposition y est tombée à pieds joints.

La première, suivre les événements et de ne plus rien maîtriser des thèmes de l’actualité.

La seconde être inaudible.

Sur ces deux chapitres, l’opposition est au fond du trou.

Si nous voulons gagner il faut en sortir très vite.

Et faire un choix stratégique.

S’adresser au peuple souverain sénégalais. Lui seul fera l’élection.

Elle ne se fera ni dans les « grands places modernes » que sont devenu les radios et télévisions.

Elle ne se fera pas non plus entre Benno et Benno. Elle ne se fera pas non plus entre Moustapha, Macky, Ibrahima qui se parlent entre eux.

Quand on entre en campagne et surtout celle-ci on évite l’entre soi, on ouvre en grand portes et fenêtres et on écoute le peuple.

Croyez-vous que les Sénégalais connaissent Barthélemy Diaz ? Ils l’ont vu à la télé (pour les chanceux ceux qui en ont) brandir ses pistolets, jouer les bravaches. Et pour finir offrir à Wade, l’occasion de nous divertir et de railler l’opposition d’être incendiaire et irresponsable. L’effet sera dévastateur auprès de nos mamans, sœurs et cousines, frères et amis. Posez-leur la question : elles vous répondront que le Sénégal et les Sénégalais ne veulent que la paix. C’est une valeur éminente dans notre panthéon quelque soit la région du pays.

Le M23 a beaucoup apporté à la jeunesse urbaine de Dakar, en termes de perspectives politiques. A tous égards son rôle est comparable en Europe et aux Etats Unis au mouvement des Indignés.

Il a ouvert un débouché et offert un espace d’apprentissage de la démocratie à beaucoup d’entre eux. La déclaration lue le vendredi 23 à la place de l’Obélisque est un modèle de positionnement républicain. Sans risque de me tromper, je pense que l’espace qu’ils ont ouvert a évité des dérives violentes et orienté une grande masse de jeunes à penser jusqu’à présent, que la démocratie et l’élection au suffrage universelle est le meilleur des régimes.

Mais le M 23 ne fera pas l’élection. C’est une illusion trompeuse. Le nombrilisme dakarois est un piège aussi mortel que celui que Wade nous a tendu avec cette affaire B.Diaz.

L’élection ne se fera pas non plus à coups de concours de génuflexion à Touba, Tivaouane, Kaolack ou ailleurs.

Je n’ai pas vu ou entendu un citoyen sénégalais dire qu’il attend le ndigël de son marabout pour voter.

Notre peuple a changé, il a admirablement intégré le suffrage universel, un homme une voix.

Le virus de la démocratie comme la vieille taupe a frappé et ne lâchera plus.

Que faire ?

Croire à l’intelligence du peuple souverain en démocratie.

Dire ce que l’on va faire s’il nous accorde ses suffrages.

Une élection quelque fois se noue dès le début de la campagne.

François Hollande a gagné les primaires à gauche, en parlant de ce qu’il allait faire malgré les tombereaux d’injures et de calomnies qui lui sont tombés dessus. Malgré l’affaire DSK- il est établi qu’il y a eu plus d’articles dans la presse écrites et audiovisuelles françaises et mondiales sur le sujet que sur l’attentat du 11 septembre-, il continue à devancer le candidat Sarkozy dans les sondages.

La leçon à en tirer c’est qu’une campagne se fait avec un ou deux messages avec lesquels on sature l’opinion et l’actualité.

Ensuite on ne parle pas de l’adversaire, on se tient à son message, qu’on répète s’il le faut mille fois. Beaucoup se rappelle toutes les campagnes mémorables de Senghor dans le monde paysan. Un seul mot d’ordre, une seule proposition répétée et reprise tout le temps sur le prix du quintal d’arachides.

Demandez aux ménagères de Dakar, aux paysans, aux chauffeurs de taxi, aux tailleurs, aux mécaniciens, aux enseignants, aux policiers, aux employés domestiques, à nos frères et sœurs ce qu’ils souhaitent.

Ils ne vous parleront pas de Wade spontanément, ni de Karim. Ils vous parleront de la vie chère de l’électricité et de la soudure dans les campagnes sénégalaises.

Ils voteront pour celui qui saura les rassurer et les convaincre qu’il est le meilleur candidat.

Oubliez Wade, les Sénégalais connaissent mieux que nous son bilan.

Parlez-leur de votre programme Moustapha, Ibrahima, Maky. En quelques mots simples.

Laisser le microcosme journalistique à ses débats et à ces sujets. Si ce que vous dites au peuple sénégalais est compris et s’il y adhère la presse le reprendra. C’est une loi de la communication politique.

Quand Chirac en 1995 reprend le thème de la fracture sociale dans sa campagne, tout le monde se moquait de lui. En dehors de quelques sociologues avertis personne n’avaient l’étude de la Fondation Saint-Simon.

Ce thème lui a permis de se positionner contre la gauche et Balladur comme le candidat des classes populaires. Il a gagné à la surprise générale.

Les mêmes causes produisent souvent les mêmes effets.

Alors il est temps pour les candidats dont j’estime la probité et la stature morale d’homme d’Etat, capables de battre Wade ou un autre candidat de rechange, de s’y mettre. Vite.

Sortir de Dakar, aller partout, parler et écouter les Sénégalais à Kaolack, Thiès, Ziguinchor, Saint Louis…. Finir dans la banlieue dakaroise

Le temps en campagne est très court et on ne rattrape jamais ce qu’on a perdu au début.

Babacar FALL